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Cauchemars

Vendredi 14 septembre 2012 5 14 /09 /Sep /2012 12:01

 

Yo creo que la teología es una rama de la literatura fantástica. (Borgès)

 

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Si la Bible était parue dans la collection Ace Double, elle aurait été divisée en deux moitiés de 20 000 mots chacune, l'Ancien Testament retitré Le Maître du chaos et le Nouveau La Chose à trois âmes

Terry Carr [éditeur de S.-F.] 
in Invasions divines de Lawrence Sutin

 

 

 

 

 

Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 05:03

 

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L’horreur au paradis terrestre, on pourrait résumer ainsi L’Autre (The Other, 1972) de Robert Mulligan. Il y a des films qu’on aime tout de suite, il est de ceux-là : le premier plan est admirable : un travelling arrière rapide et frémissant dans un sous-bois, la caméra inexorablement ralentit, s’arrête, puis zoome très lentement sur une tâche fixe de lumière, c’est une clairière au centre de laquelle est un petit garçon immobile, un ange blond dont le reste du film dévoilera calmement la folie sanglante et candidement perverse. Le décor est celui, classique, de la pastorale américaine, l’éternelle campagne estivale jaune de soleil ; les événements tragiques qui s’y déroulent ne sont rendus surnaturels que par la mise en scène ; lui aussi baigné de soleil, l’autre zoom qui conclut le film est un des plus glaçants qui soient.

 

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Je ne sais plus si c’est avant ou après l’avoir vu que j’ai lu le tout dernier et magnifique conte de Marcel Schwob, L’Étoile de bois (1897). C’est l’histoire d’un enfant élevé dans une forêt impénétrable aux rayons du soleil (Longtemps l’enfant ne connut de la lumière qu’une trouble et laiteuse verdeur de l’air…) et à qui une clairière pratiquée par un orage révèle soudain les étoiles. L’enfant est fasciné. Sa vieille mère lui dit que seul Dieu peut les allumer. Il n’en croit rien. Lui aussi allumera son étoile, une étoile dont il sera le maître. C’est Prométhée en culottes courtes. Son idée fixe provoquera malgré lui la mort et la désolation. À la fin dans le ciel s’élève une étoile rouge.

 

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Histoires de paradis perdus, où l’homme fait le mal sans qu'il en soit conscient. J’ai vu hier soir l’épatant Grizzly Man (2005) de Werner Herzog. C’est pour l’essentiel un montage des étonnantes images filmées par Timothy Treadwell, un cinglé coiffé comme Prince Valiant, qui pendant treize étés s’est imaginé pouvoir se faire des amis d’une bande d’ours mal léchés du lointain Alaska, et les protéger des hommes comme si lui-même n’en était pas un. Il aura beau leur répéter « I love you » d’une voix haut perchée et leur donner des surnoms ridicules (Sergent Brown, Mister Chocolate), l'un de ces monstres de trois mètres finira par le dévorer. On voit Herzog écouter au casque la bande-son du carnage (le pauvre Tim se filmait tout le temps) et dire « s’il vous plaît, arrêtez ça ».

 

L’épouvante est un enfant blond, les plus beaux rêves sont meurtriers, les ours ne sont pas en peluche. Ah ! rendez-moi mon innocence !

 


 

 

 


 

Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 09:39

 

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C’était le 18 avril dernier, sur l’une des vastes grèves de Tanger. F. et moi avions bu un thé à la menthe et fumé un joint, tandis que le soleil se couchait, dans un troquet rudimentaire, deux pièces complètement nues qu’une large ouverture faisait communiquer, nous pouvions voir dans la première un groupe de jeunes hommes jouer avec animation à un jeu de société dont je n’ai pas retenu le nom, dans la seconde il n’y avait que nous et un tapis de prière suspendu au mur ; une fois la nuit tombée, un client l’a décroché et a fait ce qu’il avait à faire, silencieusement, peu après nous sommes sortis, le vent venu de la mer était froid et la nuit claire, d’un bleu profond et lumineux, les étoiles en nombre étonnamment brillantes, en tout cas pour moi. C’était si beau, je n’avais qu’une envie, que nous nous promenions lentement sur la plage immense et déserte. On ne peut pas, me dit alors F. en souriant amèrement et en me retenant d’une main sur l’épaule, c’est interdit, à cause du trafic de la drogue et des candidats à la traversée clandestine vers ces côtes espagnoles qu’en plein jour nous voyions si bien, tous les cent mètres il y a des militaires, nous n’y ferions pas trois pas qu’ils nous arrêteraient. Et depuis souvent j’y repense, avec tristesse et avec colère, à cette balade impossible, à toute cette beauté prohibée, à portée de main, à portée de pas, à ces empreintes que nous n’avions pas laissé dans le sable, à la clarté déchirante des étoiles au-dessus de ce paysage sublime et confisqué. 

 

 

 

 

 

Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 15:19

 

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Caspar David Friedrich, Ruines au crépuscule

 

 

 

À vingt ans, je vous admirais. J’avais tout lu de vous. J’aimais votre humour, votre subtilité, vos mélancolies, votre préciosité joueuse. Je me jetais sur vos journaux dès qu’ils paraissaient.

En 1997, j’avais vingt-trois ans, je vous ai approché. Nous avons eu de longues et complices conversations téléphoniques, à la suite de quoi vous m’avez invité pour un week-end dans votre château à l’occasion d’une espèce de colloque que vous y organisiez. Vous aviez été très gentil avec le jeune homme timide et pataud que j’étais (et les trois lignes un peu condescendantes que vous me consacriez dans votre journal de cette année-là ne m’avaient presque pas vexé). 

En 1999, « l’affaire Camus » éclata. Tout le monde vous tombait dessus, je n’allais pas me joindre à la curée. Mais la place que commençait à prendre la politique dans votre œuvre m’embêtait, ce n’était pas pour ça que je vous aimais.

Et n’avais-je pas raison de vous rester fidèle, puisqu’en 2003 vous publiiez Vie du chien Horla, qui est un très beau livre ?

Certes, en 2002, vous aviez fondé votre parti, et j’étais désolé que vous consacriez votre temps et votre énergie à ces foutaises (ce qui ne vous empêchait pas, cela dit, d’écrire toujours autant). Mais bon, me disais-je, qui n’a pas ses petits travers. Tout de même, je me demandais ce que devenait votre sens du ridicule, si aigu autrefois et qui m’avait valu tant de sourires, et même quelques fous rires.

Vos thèses sur le "Grand Remplacement " me navraient, mais je préférais fermer les yeux, et les rouvrir pour relire avec un plaisir qu'elles entachaient à peine Le Bord des larmesP. A.Esthétique de la solitude. 

Et puis, hier, j’apprends que vous appelez à voter Marine Le Pen. Dont vous, je cite, « respecte[z] le courage, l’intelligence et la détermination ».

L’intelligence de Marine Le Pen. J’avoue que celle-là, je ne l’avais pas vu venir.

L’intelligence de Marine Le Pen. C’est l’aporie qui fait déborder le vase.

Cher Renaud Camus, j’ai honte pour vous. Vous vous en fichez bien, j’imagine ; mais il fallait que je vous le dise.

 Didier da Silva

 

 

(à propos de RC, on peut lire aussi, sur le blog d'Antoine Bréa, l'avis nettement moins nuancé mais bien plus drôle de feu Tony Duvert)

 


Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 06:04

 

Les hasards de la vie, l’appel d’une amie, une place en trop, un après-midi à tuer ont fait que j’ai assisté, hier, à la dernière représentation de Don Giovanni à l’Opéra de Marseille. Ah ! L’Opéra de Marseille ! Il faut le voir pour le croire. Imaginez un gros cube de béton sans grâce, des balcons qui vous rentrent dans les genoux, un système d’aération inexistant qui transforme bientôt la salle en étuve où les lourds parfums d’un bon millier de vieilles bourgeoises se liguent pour vous faire suffoquer comme dans une boutique Séphora à l’heure de pointe le jour de la Saint-Valentin : attaque des muscs sous les stucs, les plus fins nez n’y résistent pas. Toutefois l'odorat n'est pas le sens que l’Op. de Mars. éprouve le plus durement, c’est la vue surtout qui en prend plein la gueule. Seriez-vous enivré par les effluves de laque Elnett et de Shalimar, ce qui a le front de se montrer sur scène vous fera bien vite dessoûler. Et pendant trois heures d’horloge, vous vous demanderez en vous pinçant mentalement jusqu’au sang pourquoi la direction de l’Opéra de la seconde ou troisième ville de France, demain "capitale culturelle" (rire nerveux), a engagé un décorateur dont la dernière des fêtes de patronage à Lampaul-Plouarzel (Finistère) ne voudrait pas. Les plasticiens de talent manqueraient-ils en région Paca ? Le moins doué des élèves des Beaux-Arts, à n’en pas douter, s’en sortirait mieux que ce Jacques Gabelle. Panneaux coulissants peints à l’éponge, énormes buissons en forme de couille s’avançant par à-coups pour figurer un jardin qu’un vieux reste de fierté nationale m’interdit de nommer à la française, pesant lustre retenu par un câble apparemment recouvert de papier mâché, jusqu’à un arbre au dernier tableau évoquant plutôt un gigantesque balai à chiottes, chacune de ses propositions aggrave un naufrage esthétique pourtant consommé dès les premières minutes.

 

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Don Juan et Zerline au pied de la couille

 

Il y a cependant un certain panache dans tant de laideur, en quelque sorte un parti pris. Auprès d’elle, les costumes sont simplement quelconques et la mise en scène (de Frédéric Bélier-Garcia, autant le nommer), tout juste insignifiante. Figurez-vous qu’il y a une trappe au centre du plateau, dont le dessin est parfaitement visible. Et que pensez-vous que fait Don Juan au moment d’être précipité dans les enfers ? Je l’ai craint pendant toute la scène sans oser y croire et pourtant si : il se positionne sur ce petit carré et disparaît tranquillement à notre vue, à deux à l’heure, comme je vous le dis. On est soufflé par tant d’imagination. C’est la même puissante inventivité qui a passé le Commandeur à la bombe argentée — comme ces statues vivantes qu’on voit dans la rue juchées sur un carton, on lui jetterait volontiers une pièce si sa voix de basse, tout de même, n’en imposait. Car j’allais oublier la musique : les chanteurs étaient assez bons. L’orchestre sans légèreté ni fièvre, pour ainsi dire administratif, à l’image de ces trombones quittant la fosse quand ils n’ont rien à jouer et revenant après leur pause clope comme si de rien n’était. C’est Mozart qu’on plonge dans le coma. Mieux eût valu l’assassiner. Mais à Marseille, que voulez-vous, on fait toujours les choses à moitié.

 


Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 13:10




Et si ma vie n’était qu’un cliché ? Ce soupçon me prend parfois. Le poète, ses chats et son piano, tss, quel lieu commun navrant et quel manque d’imagination. Quand j’aurais pu jouer de l’épinette des Vosges et avoir un alligator, m’investir dans le bugle et élever des pandas.

Mais non, ce serait tomber dans une excentricité pénible. Et piano et chats sont de moindres maux, des dégâts collatéraux : poète, c’est l’erreur dont tout procède ; d’emblée, la mesure du grotesque est comble. Ce n’est après qu’affaire de décorum.

Tout de même, le mien sent la mite. Une bohème qui a traîné partout. Un piano et des chats, je vous le demande, il ne manque plus qu’un poêle à bois. Tu n’es qu’un imbécile heureux.




Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 04:54


La menace se précise : souvent c’est l’effet que me font les gens, quand ils se font mieux connaître. Je vous en prie, restons amis, ne dissipez aucun mystère !













Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 19:21










― Tu peux me dire un truc que la plupart des gens ignorent sur toi ?
― J’aime pas les gens laids. Je peux être une vraie salope avec eux.
― Pourquoi tu fais ça ?
― Parce qu’en général les moches sont pas sympas.
― Quelles sont tes principales qualités de coeur ?



Emission “Next” sur Virgin 17
(un genre de speed dating
entre jeunes gens décérébrés, ici américains),
 à l’instant, mot pour mot




Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 06:16


En short, bronzé comme un jet-setteur, il n’avait pas une minute à me consacrer. Je le regardais aller et venir dans un immense living encombré d’inédits épais comme des rames. Un portable à l’oreille, il négociait des contrats ; des fax crépitaient. Ses propos étaient volontiers graveleux ou orduriers. Sa femme, une grande blonde plantureuse, jupe fendue et talons hauts, passait de temps à autre dans le fond, l’air excédé, un bébé dans les bras. Vous êtes bien Eric Chevillard ? ai-je lancé comme il jetait une seconde les yeux sur moi. Ouais, ça peut attendre ? Un hélicoptère se posait dans le jardin. Des producteurs saoudiens qui voulaient monter Au plafond.

Je venais en fait pour une place de secrétaire. Intensément déçu et en même temps un peu excité, je me résignais à un rôle de souffre-douleur, d’homme à tout faire transi d’amour pour son détestable maître. Me voyais déjà confiant à voix basse, et presque tendrement :  un génie, oui, je veux bien, mais surtout un beau salaud.

Puis il m'a fait face, les babines retroussées, l’oeil assassin. C’est pour quoi ? a-t-il craché.
- C’est un horrible malentendu ! ai-je sangloté tandis que des gorilles en smoking me raccompagnaient manu militari devant les grilles de la propriété.






Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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