Samedi 24 mars 2012
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Caspar David Friedrich, Ruines au crépuscule
À vingt ans, je vous admirais. J’avais tout lu de vous. J’aimais votre humour, votre subtilité, vos mélancolies, votre préciosité joueuse. Je me
jetais sur vos journaux dès qu’ils paraissaient.
En 1997, j’avais vingt-trois ans, je vous ai approché. Nous avons eu de longues et complices conversations téléphoniques, à la suite de quoi vous
m’avez invité pour un week-end dans votre château à l’occasion d’une espèce de colloque que vous y organisiez. Vous aviez été très gentil avec le jeune homme timide et pataud que j’étais (et les
trois lignes un peu condescendantes que vous me consacriez dans votre journal de cette année-là ne m’avaient presque pas vexé).
En 1999, « l’affaire Camus » éclata. Tout le monde vous tombait dessus, je n’allais pas me joindre à la curée. Mais la place que
commençait à prendre la politique dans votre œuvre m’embêtait, ce n’était pas pour ça que je vous aimais.
Et n’avais-je pas raison de vous rester fidèle, puisqu’en 2003 vous publiiez Vie du chien Horla, qui est un très beau
livre ?
Certes, en 2002, vous aviez fondé votre parti, et j’étais désolé que vous consacriez votre temps et votre énergie à ces foutaises (ce qui ne vous
empêchait pas, cela dit, d’écrire toujours autant). Mais bon, me disais-je, qui n’a pas ses petits travers. Tout de même, je me demandais ce que devenait votre sens du ridicule, si aigu autrefois
et qui m’avait valu tant de sourires, et même quelques fous rires.
Vos thèses sur le "Grand Remplacement " me navraient, mais je préférais fermer les yeux, et les rouvrir pour relire avec un plaisir qu'elles
entachaient à peine Le Bord des larmes, P. A., Esthétique de la solitude.
Et puis, hier, j’apprends que vous appelez à voter Marine Le Pen. Dont vous, je cite, « respecte[z] le courage, l’intelligence et la
détermination ».
L’intelligence de Marine Le Pen. J’avoue que celle-là, je ne l’avais pas vu venir.
L’intelligence de Marine Le Pen. C’est l’aporie qui fait déborder le vase.
Cher Renaud Camus, j’ai honte pour vous. Vous vous en fichez bien, j’imagine ; mais il fallait que je vous le dise.
Didier da Silva
(à propos de RC, on peut lire aussi, sur le blog d'Antoine
Bréa, l'avis nettement moins nuancé mais bien plus drôle de feu Tony Duvert)