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(Leoš Janáček, Dans les brumes — II. Molto Adagio — Alain Planès, piano)
Le ciel aussi a déménagé. Les nouvelles fenêtres privilégient la lumière du soir, les anciennes étaient plutôt du matin, ça change tout. Je me sens déjà me plier à leurs lois.
Schumann, Mit innigem Ausdruck op. 56 (arr. Kirchner)
Leif Ove Andsnes, Christian & Tanja Tetzlaff
Ce furent de beaux voyages. Un jour, à Chartres, comme on réparait les grandes orgues, nous demandâmes la permission de passer sur la galerie du toit et d’examiner la face externe des verrières. Nous reconnûmes que la surface du verre était recouverte comme une peau des plus fines gravures ; les siècles l’avaient ouvragée millimètre par millimètre de tailles microscopiques ; ici ses rides s’incrustaient de la fine crasse qu’y déposait en s’envolant la poussière de la rue ; là des aspérités, des milliers de petits cristaux pareils à du papier de verre ; ailleurs l’usure, le poli de soie du diamant non taillé ; plus loin un bourgeonnement diapré d’efflorescences, une irisation d’infiniment petits, un semis de trous minuscules en forme de coquillages ; partout un ouvrage infini qui décomposait la surface et y déterminait les jeux de milliers de prismes pour filtrer, exalter, glorifier la lumière. Et je compris que la perfection n’est pas le fait de la main de l’homme : c’est la mystérieuse collaboration du ciel et des épreuves que son œuvre doit subir. Ce furent de beaux voyages.
Rudyard Kipling, Souvenirs de France (1933)
pour Mathieu
Tourné-monté ce jour entre une heure et demie et deux heures moins le quart — parce qu'il y a des évidences contre lesquelles il ne faut pas lutter. Piano : François-Joël Thiollier.
(C'est presque un bonheur d'avoir la grippe et 39 de fièvre, dans ces conditions.)
(hier à 8h30 puis à 17h45)
Jeudi 22 décembre, 7 h 55
Aucun endroit ne vit clairement dans l’imagination qu’on ne l’ait d’abord quitté. La teneur de notre expérience, chaque jour se fondant dans une autre, alors
s’unifie en une seule image. D’innombrables couchers de soleil, d’innombrables aurores, d’innombrables promenades sous les étoiles, nous extrayons un tertium quid, une essence magnifiée,
le miel du miel, la crème de la crème, paysage classique qui, artificiellement composé, est autrement plus vivant, séduisant et vraisemblable que la scène qu’il reproduit : il en exprime la
quintessence. Le coup d’œil unique est certes parfois mémorable ; c’est lui qui, plus tard, nous donnera les contours de notre représentation imaginaire. Mais l’œil jamais ne saura d’un coup
embrasser la totalité d’un panorama. Pas plus que la pointe sèche du graveur, il ne peut aller en effet au-delà de la nature. La littérature, elle, parce qu’elle est le langage même de nos
pensées, doit d’abord être travaillée par le temps.
Robert Louis Stevenson [1879]
O mon âme d'autrefois, âme lointaine, tu m'es revenue ce soir dans des ombres. (Redon)
C'est peut-être la plus belle crucifixion que j'aie jamais vue.
Le temple en bas de chez moi est fermé pour travaux.
Quand nous nous trouvons transportés dans des lieux inconnus, nous avons l'impression que tout est irréel. Ce n'est cependant que la perception de l'irréalité véritable des choses de ce monde, rendue plus évidente encore par le manque de congruité entre nous-mêmes et ces choses. Peu à peu, nous nous adaptons et perdons cette perception des choses.
Nathaniel Hawthorne, Carnets américains