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Ce monde-là

Jeudi 6 septembre 2012 4 06 /09 /Sep /2012 07:31

 

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J’ai lu L’éloge dont tout le monde parle. Ça m’a pris dix minutes, debout dans un Virgin, et en effet c’est moins fatigant que de se farcir les 600 livres qui paraissent en même temps, je comprends nos journalistes. Richard Millet prétend que l’adjectif littéraire de son titre est ironique, et je suis d’accord avec lui dans la mesure où je n’ai pas vu, dans cette espèce d’article un peu long, la moindre littérature. De nombreux blogs littéraires m’ont certes habitué à ce genre de déception, mais je ne m’y ferai jamais  — je n’oublie pas non plus toutes ces émissions littéraires où il n’est jamais question de littérature, et dans lesquelles on a pu voir, à l’aise, le corps lourd (mais moins que sa prose) de Richard Millet. Deux précautions valant mieux qu’une, littérature est même le dernier mot de l’article en question. L’incantation vaut aveu d’absence. Bref, dans cette triste affaire, la littérature, c’est l’Arlésienne. Tout le monde en parle et on ne la voit pas. C’est ce qu’on appelle, par chez nous, la rentrée littéraire. L’épithète sera bientôt synonyme d’arnaque. Méfiez-vous d’un destin littéraire, si vous voulez mon avis. Je connais d’ailleurs 600 écrivains qui ne me contrediront pas.    

 


Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Vendredi 24 août 2012 5 24 /08 /Août /2012 05:30

 

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Je prenais le frais au bar du coin de la rue, plongé dans le deuxième volume du journal des Goncourt — je devrais plutôt dire du Goncourt, car depuis déjà près de deux cents pages le pauvre Jules est mort. Je me trouvais donc simultanément dans la moiteur d’un 23 août 2012 finissant et les premiers jours du printemps 1871, le fracas intermittent du tramway derrière moi et le bruit de la canonnade des Versaillais contre les Communards (Edmond dit Communeux, du haut de tout son mépris de classe) ; et c’est alors qu’une énième réflexion antisémite du dernier des Goncourt (comme disait Léon Bloy) déambulant sur les boulevards, oh, rien de bien méchant, en l’occurrence

 

Quelques groupes autour de petites tables de jeux, tenues par des figures qu’on sent juives

 

m’en fit faire une, de réflexion, à propos de mon indulgence devant de tels propos, compte tenu de l’époque, du milieu, patin, couffin — et sur le fait que les trois quarts de ce que note l’inconsolable Edmond tomberaient aujourd’hui sous le coup de la loi, à tout le moins susciteraient une violente réprobation si, par exemple, il tenait un blog ; car il est non seulement antisémite mais aussi misogyne, antidémocrate et j’en passe, une horreur. Bon. Je me disais ça, et j’étais au fond assez fier d’avoir assez de recul pour passer outre et me régaler du reste, quand ma voisine de table, une bonne femme en robe à fleurs qui comme moi sirotait seule un demi tout en grignotant des bretzels, s’exclama :

 

— Incroyable, c’est incroyable, ah elles ne se gênent pas, mais où va-t-on, etc.

 

Je levai brièvement la tête. Deux jeunes et jolies femmes arabes passaient, légèrement voilées de blanc (c’était ma foi assez seyant). Ma voisine continuait de ronchonner, et son indignation était nettement dirigée vers moi ; elle me prenait à témoin et espérait que j’abondasse. Et mon premier mouvement, la première chose que j’eus envie de faire sur le moment, fut de lui répliquer quelque chose comme « Ta gueule, connasse », ce que ma bonne éducation bien entendu m’interdisait. Ainsi, me dis-je, je passais son racisme à Edmond au nom de la relativité et de la littérature, et j’avais — très fugitivement, je suis un non-violent — le désir d’éclater la tête de ma voisine sur le trottoir (en premier lieu, pour être honnête, parce qu’elle dérangeait ma lecture, les gens sont d’une impolitesse). Et cela me laissa tristement rêveur. 

 

Puis je commandai une autre bière et je me remis à lire :

 

Je ne vois autour de moi que des biches, écrivait Edmond, qui fuient épouvantées, ou des buffles, écoutant, dans leur immobilité étonnée, cet orage et ce tonnerre, qui durent toujours, toujours, toujours.  

 

 

 

Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 05:31

 

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Un élément est essentiel à l'obtention d'un Noël réussi (si vous me passez l’oxymore) : un enfant en bas âge. Deux ans maximum. N’importe lequel fera l’affaire, à moins de jouer de malchance, il sera mignon. Les guirlandes et les boules le fascineront vraiment. Le passage de minuit le laissera indifférent, il n’aura pas trépigné et il dormira probablement. Avant cela, les adultes en présence, pièces d’origine ou détachées, auront cru à toutes ces histoires de famille par égard pour lui.

 

Sinon, c’est l’horreur. Dans un salon croulant sous le kitsch, le cadet a déballé sa Xbox. Au milieu des angelots, des bûches Picard et des mandarines, il tourne en rond sur une placette en éclatant des têtes à coups de fusil mitrailleur. 

 

Quant à la Saint-Sylvestre, seul l’espoir est requis. Cet accessoire hélas n’est pas dans l’air du temps.  

 

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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /Août /2010 04:33

 

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Le B.A-BA du journalisme, c’est connu, consiste à trouver un angle grâce auquel voir en enfilade, par une traîtresse illusion d’optique, des faits isolés et sans rapports entre eux, puis de faire passer ça pour un événement. (Son autre péché mignon est la transition le plus court chemin vers le mensonge.) Dernièrement, quelqu’un à l’AFP a eu ce trait de génie :
 

Chair triste, mort, guerre, crise économique, la rentrée littéraire et ses 700 romans revêtent des habits bien sombres, reflets de la morosité ambiante (...) La mort rôde aussi, avec une prédilection pour le suicide.
 

Et tout de suite on se dit ce n’est pas trop tôt, la mort est un si bon sujet, il était temps que les écrivains s’en emparent, ils ont sûrement des trucs à dire là-dessus, je suis curieux de voir ça. Leur prédilection pour le suicide aussi, on sent bien la nouveauté. On devine que dans un second temps quelques ouvrages n’engendrant pas la mélancolie sauront tirer leur épingle du jeu de ce cloaque la morosité ambiante, donc, qu’au premier abord on aurait pu croire impalpable mais qui doit être assez solide puisqu’elle a des habits, lequels quoique bien sombres, je penche pour le satin noir, ont des reflets. Dans un œil mort, je ne vous le fais pas dire.


Trouve-moi un angle, coco. Sans cesse la presse biaise l’opinion. C’est un coït morose. Bonjour l’ambiance.

 


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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 08:41



J’ai été récemment stupéfait de voir, sur le plateau d’une émission culturelle à peu près regardable, un garçon que j’ai côtoyé jadis nous écrivions pour le même journal. Ce beau gosse (dans un genre qui n’est pas le mien) me semblait à l'époque le parangon du type creux. Mon âge, verbeux et concerné, il signait des articles sociétaux à périr d’ennui, dans une horrible parlure poético-universitaire, qui contrastaient avantageusement, pour pas mal de filles de mon entourage, avec sa mini-vague et ses traits délicats. Et voilà qu'il sort un bouquin, qu'on lui donne un titre ronflant (il s’inscrit au bas de l’écran), et qu'on lui demande son opinion sur je ne sais quel sujet d'actualité ! Ce pignouf ! Quelles bassesses il a dû faire, quelles amitiés entretenir pour en arriver là. Il semblait du reste exulter, tout en débitant ces platitudes outrées que je lui connaissais, avec la même charmeuse conviction qu’autrefois (“mes yeux parleront pour moi”). Si je n’avais pas grimacé, il y a dix ans, en détaillant sa bibliothèque, d’un conformisme à pleurer, au cours d’une fête très pauvrement sonorisée qu’il donnait, je m’y serais peut-être laissé prendre. J’aurais bien voulu croire que la télé l’intimidait, qu’il n’était pas dans son assiette, que nous avions possiblement là un penseur de première force. Mais pour avoir lu ses papiers de péteux et soutenu sa conversation, je sais bien quel imposteur c’est : je n’aurais pas misé un sou sur sa réussite (si tant est qu’accéder au statut d’avis autorisé en soit une).
Quelle comédie.


Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 10:42


"La vocation de XO Editions, lancée début 2000 par Bernard Fixot, est à la fois simple et ambitieuse. Simple parce qu’il s’agit de publier peu de livres, afin de prendre le temps de s’en occuper ; ambitieuse, car Bernard Fixot souhaite toucher un large public, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières françaises.
Pari tenu, huit ans après : sur 157 titres publiés, 135 ont figuré sur les listes des meilleures ventes et 105 ont été largement vendus à l’international."

(Sur le site de ladite maison, rubrique Qui sommes-nous ?)






À l’attention de Monsieur Bernard Fixot


Monsieur,

Je ne vous raconterai pas de salades : je n’avais pas une très grande idée des livres de monsieur Guillaume Musso, sans avoir pris la peine d’en lire un, ce qui est mal. Ce jeune auteur “passionné de littérature” souffre sans doute de ces terribles a priori et on le comprend. Or j’ai eu tantôt l’occasion de feuilleter son roman intitulé Sauve-moi, paru en 2005 et dont il s’est vendu, dit-on, plus de deux millions d’exemplaires. Force m’est de reconnaître que c’est beaucoup plus mauvais que je ne pensais, et que je ne puis lire désormais sans ricaner, dans un article du Figaro consacré à votre poulain :

"Le travail sur le texte. Guillaume Musso s'inscrit parfaitement dans cette rude école Fixot. Car il faut accepter de travailler et de travailler encore sur le texte."

Monsieur, c’est une plaisanterie et je sais de quoi je parle. Depuis près d’une dizaine d’années, j’ai l’honneur contestable de travailler, en qualité de rewriter, pour le compte d’une maison bien connue spécialisée dans la romance à l’eau de rose. J’estime peu ce genre mais j’applique tout mon zèle et ma conscience professionnelle, la seule forme de conscience valable selon certains, à faire en sorte que ces romans écrits à la chaîne et traduits de même paraissent au pays de Molière dans un français correct. Quelle ne fut pas ma surprise de lire, en tête de la deuxième page de Sauve-moi :

Juliette lança un bras aléatoire vers la table de nuit qui projeta le radio-réveil sur le sol.

Cette phrase, un rewriter digne de ce nom ne l’aurait pas laissée passer. J’en conclus logiquement que votre correcteur, car je ne peux imaginer que vous n’en employez pas un, monsieur Musso ayant peut-être mieux à faire que se relire, j’en conclus logiquement que votre correcteur est un jean-foutre et un incompétent. La maladresse de la construction vous aura sauté aux yeux : tel que c’est écrit, on est en droit de penser que c’est la table de nuit qui a projeté le radio-réveil sur le sol. Une telle interprétation est exclue, sans même parler de réalisme, car la suite du texte n’accorde à cette table de nuit aucun rôle particulier : elle n’est clairement pas douée de vie. Il eût été pourtant si facile
scandaleusement facile, même d’écrire :

Juliette lança vers la table de nuit un bras aléatoire qui projeta le radio-réveil sur le sol.

Dans un premier temps. Car notre correcteur consciencieux se serait ensuite penché sur le cas de ce “bras aléatoire”. Ce raccourci est un effet plus que douteux. Monsieur Musso aura voulu dire que son héroïne
“espiègle”, “sexy " et "mutine”, comme il la qualifiera dans les paragraphes suivants, avec un brio auquel mon gagne-pain m’a habitué  a lancé vers notre table de nuit un bras sans en déterminer au préalable la direction, autrement dit d’une façon hasardeuse. Aléatoire n’est pas tout à fait un synonyme de hasardeux. Le mot a pu avoir un certain chic mais il n’en reste pas moins qu’il signifie “soumis au hasard”. On dira par exemple que le succès d’un livre est aléatoire (dans des proportions que s’efforce d’ailleurs de rendre raisonnables votre directeur du marketing). Peut-on écrire sérieusement, Monsieur, Juliette lança vers la table de nuit un bras soumis au hasard qui projeta le radio-réveil sur le sol” ? Je ne le pense pas. Nous aurions corrigé ainsi :

Juliette lança, d’une façon hasardeuse, vers la table de nuit, un bras, qui projeta le radio-réveil sur le sol.

Mais nous n’en aurions pas fini. Projeter, en effet, est impropre dans le contexte. À tout le moins, c’est une exagération. Ce verbe signifie “jeter loin en avant, avec force”. Ce n’est pas ce que semble faire notre bras, aléatoire ou pas. Ou bien Juliette est dotée d’une force surhumaine et incontrôlable, ce que la suite du texte n’indique pas.
 
Juliette lança, d’une façon hasardeuse, vers la table de nuit, un bras, qui fit tomber le radio-réveil sur le sol.

Voilà tout de suite qui paraît plus plausible. Mais alors
soudain, comme dirait monsieur Musso nous nous avisons de la superfluité de ce “sur le sol”. Où, ailleurs que sur le sol, notre radio-réveil pourrait-il tomber ?  De savoureux cas particuliers sont toujours possibles, mais en l’occurrence nous sommes dans la chambre tout ce qu’il y a de plus banale d’une jeune femme tout ce qu’il y a de plus banale et c’est donc sur le sol, nécessairement, que choit le radio-réveil. Comme nos corrections précédentes ont quelque peu alourdi la phrase originale, c’est d’autant plus volontiers que nous sacrifierons cette précision inutile.

Juliette lança, d’une façon hasardeuse, vers la table de nuit, un bras, qui fit tomber le radio-réveil.

Cela, je l’avouerai, ne me satisfait pas. Je vois bien que toutes ces incises entravent la lecture et foutent par terre la rapidité cavalière voulue par monsieur Musso. C’est que j’ai trop cherché à respecter l’original. Pas la peine de se voiler la face : cette phrase était complètement naze et il faut la refaire entièrement.

Juliette lança à l’aveuglette un bras vers le radio-réveil et le fit tomber de la table de nuit.

N’est-ce pas infiniment plus clair ? Toute l’erreur de monsieur Musso consistait à faire de la table de nuit la cible du bras de Juliette, alors que c’était le radio-réveil qu’elle visait, fût-ce approximativement. La moindre des choses que l’on soit en droit d’exiger d’un auteur ayant le front de commencer un livre par une telle péripétie, c’est que celle-ci soit exprimée en bon français. Nul besoin de vous dire que le reste du livre est à l’avenant, et nécessiterait un travail similaire à celui que je viens
gratuitement d’effectuer. C’est pourquoi, au nom d’une certaine idée de la dignité éditoriale et alléché par l’appât du gain, je vous prie de considérer etc.




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Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 07:30








Mélodie charme et embarrasse : le mot si chantant par lui-même est bien sûr gros de moments sublimes mais aussi plus volontiers peut-être sous sa forme anglaise, Melody de lolitas niaiseuses à barrettes roses en forme de cœur, et jusqu’à des caniches ou des machines à expresso.





György Ligeti, Hora lungǎ
Antoine Tamestit, alto



C’est comme ça, il faut faire avec. Tout ce qui nous émeut, à le dire, prend l’eau, lutte avec le sirop, dévalué s’y dilue. On a trop tiré sur les cordes. Ah rendez-nous nos vieux pipeaux ! Je ne voulais pas, moi, d’un monde où l’harmonie est un gel douche, un crédit remboursable en vingt mensualités, un camping-car.




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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /Avr /2009 08:34



Pas pu faire autrement hier que de regarder à la suite les huit épisodes (de 45 minutes chacun) de The Staircase (2004), passionnante (au point d’oublier de déjeuner) et terrifiante (de toute façon ça coupe l’appétit) série documentaire de Jean-Xavier de Lestrade. L’auteur de l’oscarisé Un coupable idéal a suivi pendant dix-huit mois les rebondissements du procès opposant Michael Peterson, romancier “libre-penseur” et grand bourgeois à la personnalité fascinante (et extrêmement attachante), au ministère public de Durham, Caroline du Nord (le Sud des États-Unis dans toute son horreur), le second accusant le premier d’avoir tué sa femme (victime, selon la défense, d’une chute dans un escalier, d’où le titre). La caméra va partout, on ne perd rien de l’affaire bien trop complexe pour que je me risque à la résumer ici , de la découverte du cadavre au verdict, et c’est de bout en bout ahurissant (et consternant). Quand le film s’achève, on n’a pas que froid dans le dos ; les vertèbres gelées, plutôt. De là à dire que c’est rafraîchissant... mais c’est à voir, assurément (ce n'est pas sans effets (musique, montage
efficaces comme il se doit), mais la force des situations et des characters empêche de débouter le film pour vices de forme).



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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /Avr /2009 07:24







S’il est une catégorie de la population française qui mérite actuellement tout le mépris du monde et dont j’enduirais volontiers les membres de confiture de figues molles avant de les livrer aux fourmis tueuses de Tasmanie (dites fourmis Bulldog), c’est sans conteste celle des paroliers de comédies musicales. Il est certes déjà admirable que Mozart l’opéra rock fasse chanter ces jours-ci à un Wolfgang minet à mèches décolorées des choses aussi subtiles que "Tatoue-moi sur tes seins" ou "Vivre à en crever" mais ce brave Amadeus en a déjà tellement vu qu’on est un peu blasé ; il y a trop de profanateurs dans sa tombe pour qu’il y soit encore, et ce trou sera le leur quand Mozart vivra toujours, à l’abri dans nos cœurs, comme dirait une Eve Ruggieri rendue lyrique par une coupette de Champomy. 
C’est parmi quelques bouteilles de ce nectar et des assiettées de fraises tagada que j’ai découvert hier, et c’est bien mieux, aux neuf ans de ma nièce, comme une de ses petites camarades lui en offrait le disque, qu’une de ces tragédies musicales s’était abattue sur le Magicien d’Oz.
Le Magicien d’Oz ! Parlez-m’en ! Mon premier souvenir de lecture ! Sa cocasse poésie a enchanté mes jeunes ans. Mon pauvre vieux Lyman Frank Baum (1856-1919) ! Te serais-tu imaginé, en exploitant, déjà, le filon (treize suites, quand même (je les avais toutes lues)), que le single “Je flippe, je stresse” (sic, "inclus", claironnait la pochette) caracolerait cent ans après au hit-parade des tubes enfantins ?
C’est évidemment au lion poltron qu’on a confié ce vers inspiré, si délicatement dans l’air du temps. Vraiment la classe américaine.

 




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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 06:00




Samedi dernier une fraction de l’humanité se passait une heure durant d’électricité (ce qu’il en a fallu pour me le faire savoir !), et j’ai reçu hier un mail m’invitant à ne rien acheter ce samedi (shabbat pour tous, pour ainsi dire). On connaissait déjà la journée sans pub, sans tabac, sans viande ou sans voiture, les pince-sans-rire et les compotes sans sucre. Émouvantes cuillerées d’eau ôtées à une mer de gâchis, je ne dis pas, mais ces actions ne concernent jamais qu’une frange de la population, tout le monde n’a pas une Clio ou des kilos à perdre. Je propose le jour sans mots. Si tout un jour paraît beaucoup, mettons une heure. Que chaque homme (et chaque femme) sur la planète tourne sept fois sa langue dans sa bouche, s’il en a une. Qu’il médite sérieusement sa sortie du silence. On imagine la chose. Tous ces visages concentrés, absorbés soudain par la rude tâche de trouver le mot, la phrase qui vaille la peine qu’ils ne se taisent plus. Mais cette cacophonie alors, quand tous diront ce qu’ils ont sur le cœur ! Nul n’y comprendra rien tragique résultat que des centaines d’analyses, grands dossiers et billets d’humeur s’emploieraient à commenter les jours suivants, hélas. (Ou alors le jour sans idée ; j’ai bien peur que pour moi, ce soit aujourd’hui.)

 

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Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /Jan /2009 08:25


Lécher le couvercle d’un pot de yaourt (ou devoir le décoller d’une assiette). Le gratin de courge. Les raviolis froids. La brûlure du sel après un bain de mer. Les films de Peter Greenaway et la musique de Michael Nyman. Le surimi. La nouvelle coiffure de Fadela Amara. Le sourire de Franz-Olivier Giesbert (et les mâchoires de Philippe Val (ou l’inverse)). Le liquide visqueux dans lequel baignent des feuilles de vigne à la grecque en boîte. Le teint de carotte radioactive des vieilles bourgeoises de la région PACA. L’enthousiasme de Daniel Picouly. Funny Games (Haneke). Le col en fourrure du manteau de Marc-Édouard Nabe. L’odeur des pommes pourries. Les emballages poisseux en général (j’insiste). Le phrasé d’Abd al Malik. Michaël Youn. Le théâtre de rue. La béchamel industrielle. Les improvisations de Jean-François Zygel. Gotan Project. Les commentaires de La République des livres. La poésie du cirque. La peinture au couteau. Les calembours dans les titres. L’expression “on le sait depuis X”. Les litanies d’infinitifs. Le gin. Les orangettes. Les palmitos. Les pâtes de fruit. La place que prennent Arvo Pärt et Philip Glass dans les bacs “musique contemporaine” des Virgin et des Fnac. La tête de Samy Nacéri. Les tatouages dans le cou. Les pop-up. Les sonneries personnalisées des téléphones portables. Les couvertures des Librio à 2 €. Éric Zemmour. Le comique des caméras cachées. Les vestes en cuir cintrées de Josyane Savigneau. La cuisine au Boursin. Les vernissages. Les lectures-mises-en-espace de tentatives de proposition (informelle) de matériau (d’après Dante et Heiner Müller, ou Hegel et Jean-Luc Lagarce). La salade de maïs. Les projections-débats. Les soirées électro dans les friches culturelles. La cardamome. Les gens qui disent “ceci dit” (pire, qui l’écrivent). Les calamars. Les joues de Philippe Besson. Les chansons de Phil Collins dans les dessins animés. Le superlativisme critique. La prédominance des cols en V. Les pieds paquets. Le café sucré. (etc.)


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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 18:47


Voici ce qu’on peut lire cette semaine (je l’ai scrupuleusement noté, au tiret près, avant de quitter la maison où je l’ai découvert) dans l’un des magazines les plus lus du beau pays de France, j’ai nommé TÉLÉ 7 JOURS - page 4, rubrique TÉLÉ 7 JOURS VOUS RÉPOND :


J’aime beaucoup la musique de la pub pour le parfum Diesel. Pourriez-vous m’indiquer le titre du morceau ?

Camille, par mail

 

Il s’agit de Andante Con Moto, extrait de l’album Trio pour piano n°2 en mi-bémol majeur, de Franz Schubert.


L’album de la maturité ?



Le groupe en répét’ avant le Winter Trip Tour 2009.



Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 19:25






― Tu as cent millions, un souffle passe et te voilà comme un ver. On ne te laisserai rien, mais rien, tu peux y compter. ― Dans l’espace de quelques minutes, belle dame, vous serez une charogne. Il y avait, à votre porte, un pauvre homme qui vous priait, par votre ange gardien, de l’aider à glorifier Dieu et cela vous eût été bien facile. Mais vous étiez attendue chez une autre dame, sans doute, et vous avez failli écraser ce mendiant sous votre voiture. C’était votre droit. Le curé de votre paroisse vous admire et vous avez le saint sacrement dans votre hôtel, au fond d’un oratoire où se répand quelquefois le superflu de votre coeur. Les larbins et les invités en habit noir, et aussi quelques aimables personnes décolletées passent devant la porte entre-bâillée de ce sanctuaire. Vraiment je ne comprends pas que votre chauffeur ait aussi maladroitement raté ce poète. Mais, tout de même, vous êtes une charogne et vous le serez de plus en plus. Ah ! si c’était possible encore, que ne donneriez-vous pas pour contenter ce malheureux, pour fermer sa bouche accusatrice et vocifératrice contre vous ? Or, cela est impossible, à jamais impossible. Votre seule excuse, à supposer que Dieu s’en contente, ― comme le poète ― c’est que vous êtes une idiote pour l’éternité.
       L’infirmité de l’intelligence, chez ces maudits, est adéquate à la dépression des âmes. Eussiez-vous le don de persuasion d’un archange, l’entreprise la plus téméraire serait bien certainement de leur faire comprendre que leur richesse ne leur appartient absolument pas, qu’ils n’y ont aucun droit, sinon par la malice des démons inspirateurs des lois de ce monde et, surtout, par la permission mystérieuse et très-redoutable de Dieu qui se plaît à les confronter ainsi avec leurs victimes, leurs créanciers et leurs juges. Ils ne comprennent pas et ne comprendront jamais, même en enfer, où les poursuivra l’interminable cécité de leur sottise et de leur orgueil.


Léon Bloy, Le Sang du Pauvre (1909)



(Sans un kopeck par la faute de la désinvolture de mes employeurs, qui ne voient qu'un "contretemps" dans un retard de paiement de quinze jours, je me soulage comme je peux en me retrempant dans la prose vengeresse du mendiant ingrat... (mais c'est aussi un commentaire plus général, dirons-nous, sur ces récentes brassées de billiards négligemment escamotées à la barbe des crève-la-faim))



 

Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 05:28






Vu hier soir en passant (froid trop vif) au bas des escaliers de la rue Estelle une affichette émanant vraisemblablement d’un groupuscule gauchiste appelant à une Gueux Pride. J’en ris encore.





Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /Oct /2008 07:24



L’être humain a probablement l’occasion tous les jours, à Emmendingen et Gundelfingen aussi bien qu’à Amsterdam, de faire des considérations sur le caractère éphémère des choses de ce monde, s’il le veut, et de se satisfaire de son destin, même si pour lui l’air n’est pas sillonné de pigeons tout rôtis. Mais c’est par le détour le plus curieux que, à travers l’erreur, un artisan allemand atteignit à Amsterdam la vérité, et en prit conscience. Car lorsqu’il fut arrivé dans cette grande et riche ville commerçante pleine de maisons magnifiques, de bateaux bercés par les vagues, et d’hommes affairés, il fut immédiatement frappé par une grande et belle maison comme il n’en avait encore vue aucune pendant tout son voyage de Duttlingen à Amsterdam. Longuement, il contempla avec étonnement ce somptueux édifice, les six cheminées sur le toit, les beaux rebords et les hautes fenêtres, plus grandes que chez lui la porte de la maison de son père. Finalement, il ne put s’empêcher d’aborder un passant. “Cher ami”, lui dit-il, “ne pouvez-vous pas me dire comment s’appelle le monsieur à qui appartient cette maison merveilleuse, avec les fenêtres pleines de tulipes, de narcisses, de giroflées ?” Mais l’homme, qui probablement avait des choses plus importantes à faire, et qui par malheur entendait exactement autant à la langue allemande que le questionneur au néerlandais, c’est-à-dire rien du tout, répondit brièvement et d’un ton sec : “Kannitverstan” ; et passa son chemin. C’était un mot hollandais, ou trois, si l’on y regarde de plus près, et signifie en français : “Je ne comprends pas”. Mais notre brave étranger crut que c’était là le nom de l’homme qu’il avait voulu savoir. “Ce doit être un homme bien fortuné, ce monsieur Kannitverstan”, se dit-il en continuant son chemin. Ruelle après ruelle il arriva sur la baie qui s’appelle “Het Ey”, ou en français “l’i grec.” Là, il y avait bateau contre bateau, mât contre mât ; et au début, il ne savait pas comment, avec ses deux seuls yeux, il viendrait à bout, de voir et de contempler suffisamment toutes ces merveilles, jusqu’à ce qu’enfin un grand bateau, qui venait d’arriver des Indes Orientales et qu’on était justement en train de décharger attirât son attention. Déjà, des rangées entières de caisses et de ballots étaient entassés à terre les uns sur et à côté des autres. On en roulait encore plusieurs hors du bateau, et des tonneaux pleins de sucre et de café, pleins de riz et de poivre et, sauf respect, de crottes de souris. Mais lorsqu’il eut longtemps regardé, il demanda finalement à un individu, qui portait une caisse sur son épaule, comment s’appelait l’homme heureux à qui la mer amenait à terre toutes ces marchandises. La réponse : “Kannitverstan”. Alors, il se dit : “Héhé, je comprends ! Ce n’est pas étonnant, celui à qui la mer apporte de telles richesses a beau jeu de planter dans le monde de telles maisons, avec de telles tulipes devant les fenêtres, dans des pots dorés.” Alors, il s’en retourna et se fit en lui-même des réflexions bien tristes, comme il était un pauvre homme parmi bien des gens riches dans le monde. Mais à l’instant même où il se disait : “Si seulement je pouvais avoir aussi, un jour, la vie aussi facile que ne l’a ce monsieur Kannitverstan”, il s’engagea dans une rue latérale et aperçut un grand cortège funèbre. Quatre chevaux revêtus de noir tiraient un corbillard également recouvert de noir, lentement et tristement, comme s’ils savaient qu’ils conduisaient un mort vers son repos. Suivait un long cortège d’amis et de connaissances du défunt, deux par deux, enveloppés dans des manteaux noirs, et muets. Au loin, on entendait une petite cloche solitaire. Alors l’étranger fut saisi d’un sentiment de nostalgie, comme l’est tout être bon lorsqu’il est en présence d’un mort, et, le chapeau à la main, il resta debout avec recueillement jusqu’à ce que tout le monde fût passé. Mais il aborda le dernier homme du cortège, qui justement calculait en silence combien de profit lui rapporterait son coton si le quintal augmentait de 10 gulden, il le retint doucement par son manteau et lui demanda candidement de l’excuser : “Ce doit assurément avoir été un de vos bons amis, dit-il, pour qui sonne le glas, puisque vous l’accompagnez d’un air si triste et si méditatif.” ― “ Kannitverstan !” lui fut-il répondu. Alors, quelques grosses larmes jaillirent des yeux de notre brave gars de Duttlingen, et subitement il eut le coeur lourd, puis à nouveau léger. “Pauvre Kannitverstan, s’écria-t-il, que te reste-t-il à présent de ta richesse ? La même chose que j’obtiendrai un jour dans ma pauvreté : un vêtement de mort et un linceul, et de toutes les belles fleurs peut-être un romarin sur la poitrine froide ou une fleur des champs.” Plongé dans ces pensées, il accompagna le mort comme s’il faisait partie de la famille, jusqu’à la tombe, il vit descendre le prétendu monsieur Kannitverstan dans son lieu de repos, et fut plus ému par le discours funèbre hollandais, dont il ne comprit pas un mot, qu’il ne l’avait été par bien des discours allemands auxquels il n’avait pas fait attention. Enfin, le coeur léger, il repartit avec les autres, dévora avec appétit un morceau de Limbourg dans une auberge où l’on comprenait l’allemand, et lorsque plus tard il se sentait accablé en voyant que tant de gens dans le monde étaient tellement riches et lui si pauvre, il lui suffisait de penser à monsieur Kannitverstan à Amsterdam, à sa grande maison, son riche bateau, et à sa tombe étroite.


Johann Peter Hebel, Kannitverstan



Par Didier da - Publié dans : Ce monde-là
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