Jeudi 11 juin 2009




Sommes allés voir hier soir les Beaux Gosses de Riad Sattouf. La salle était remplie d’adolescents, très réceptifs et très bruyants. Bien entendu le plus pénible d’entre eux était juste derrière nous : celui qui n’a pas éteint son portable, et répond comme si de rien n’était à ses sollicitations (heureusement même ses camarades jugeaient ça lourd et le firent taire, réussissant là où mes regards noirs, par deux fois, avaient échoué). Le film est très drôle, enlevé, riche de détails soignés et furtifs (par exemple un plan très court nous montre le gauchiste de la classe (mal-voyant) lisant aux toilettes “Les plus grands poèmes de l’altermondialisme”). Je crois bien que Sattouf est le premier auteur de BD, en tout cas en France, à ne pas rater son passage au cinéma ; ce n’est pas Enki Bilal, s’il est lucide, qui me contredira, ni la brochette de bédéastes (parmi lesquels Blutch et Burns, hélas pour eux) responsables de Peur(s) du noir, vu il y a quelques jours (je ne m’étais pas assez méfié du S entre parenthèses, je sais bien pourtant que c’est un très mauvais signe), film d’animation qui eût été tout juste passable sans les calamiteuses interventions de Nicole Garcia, minaudant entre ses différentes parties des textes atroces et consternants (autant de balles tirées dans des pieds). Plus près de Todd Solondz (Bienvenue dans l’âge ingrat) que d’American Pie, Les Beaux Gosses est une double réussite en ce qu’il honore aussi le genre enlisé du teen-movie ; sa verve et sa justesse le rapprocheraient, voire, d’un Doillon, mais un Doillon sans douceur, sans durée : Sattouf est un satiriste, un caricaturiste, ses plans et leurs détails qui tuent foudroient, il ne s’attarde pas.

(Entre Chose et Truc avec un soupçon de Machin, dénigrant Bidule au passage, dirait-on pas le sale boulot d’un vrai critique de cinéma ? C'est fou comme ça revient facilement, ces vieux tics de pigiste (ce que je fus, je le rappelle, autour de vingt ans...)
)





Sur le site officiel de Riad Sattouf,
cette vidéo est présentée comme
"le plus beau plan-séquence du monde".
Voilà qui trahit son misanthrope...



Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Lundi 18 mai 2009








Buster Keaton, Seven Chances (1925), finale




Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Samedi 18 avril 2009




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Vu enfin hier soir, j’en suis encore tout retourné. Quelle joie immense de voir un grand artiste nous donner (et vraiment, c’est un don) son chef-d’œuvre ! On n’en espérait pas tant. Mon dieu, si je travaillais pour un studio de dessin animé américain, je me promènerais nu sur Hollywood Boulevard avec une pancarte autour du cou proclamant Je suis un jean-foutre avant de me suicider en ingérant les produits dérivés de mes bouses, ce que sont très exactement même les meilleurs cartoons de ces dernières années comparés à ce prodige d’invention, de fantaisie et de profondeur qu’est le nouveau film du maître japonais. Quand tant de ces films prétendent s’adresser aux enfants en se mettant à leur niveau, Hayao Miyazaki, 68 ans, nous restitue, autre ambition, le monde tel que nous le voyons à cinq ans : mystérieux, merveilleux, s’ordonnant selon notre désir, un peu inquiet déjà mais si confiant encore... Le récit, d’une liberté incroyable, explore les émotions les plus simples, les plus fortes, les plus fondamentales. Le dessin est beau à pleurer, et d’ailleurs j’ai eu plus d’une fois la larme à l’œil, et une larme de premier choix, s’il vous plaît, celle qu’on verse sur nos plus vieux rêves, sur nos sentiments les plus purs, s’il en est. Sinon le plus souvent bouche bée devant ce perpétuel jaillissement d’art et de vie. Miyazaki a annoncé que c’était son dernier film, évidemment.





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Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Vendredi 17 avril 2009

















Or, tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de la gravitation, continue à tourner dans son orbite, une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d'un commencement si simple, n'ont pas cessé de se développer et se développent encore !







Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Lundi 13 avril 2009










Regardé samedi matin un film extraordinaire, Edvard Munch, la danse de la vie (1973) de Peter Watkins, décidément un cinéaste passionnant. Au début des années 70, Watkins est, comme Munch en son temps, l’objet de vives critiques, son œuvre escamotée, marginalisée, condamnée : il s’identifie violemment à son sujet presque assurance d’un objet flamboyant. Quatre ans plus tard, il formulera (on commencera alors à l’accuser de paranoïa) le concept de la Monoforme, ce moule unique où selon lui sont fondus 99% des films, de la fiction au documentaire ; produit par la télévision norvégienne
qui, mécontente du résultat (voire scandalisée, l’obsession du sexe et de la mort qu'eut le “grand homme” n’y étant pas édulcorée, c’est le moins qu’on puisse dire) fera tout pour empêcher sa diffusion , Edvard Munch brouille déjà les frontières entre ces genres, et même les oublie tranquillement. Le film est tourné en décors naturels, pour la plupart ceux-là mêmes ou vécut et souffrit Munch. La caméra, mobile, zoome fréquemment. La lumière est superbe, bleutée souvent. Les acteurs, tous des non-professionnels, choisis pour leur ressemblance physique avec leurs personnages, multiplient les regards caméra. Force étonnante de ces interpellations directes, parfois de déchirantes suppliques, abattant le fameux quatrième mur sans nuire aucunement à la très grande impression de vérité de l’ensemble. C’est un reportage sur la vie de l’artiste, et sur le monde qui l’entoure (Watkins lui porte aussi un regard politique ; précisons ici que sa voix, off, nous accompagne pendant tout le film, tour à tour émue et ironique, mais toujours anglaise (dans son sérieux indécidable et sa distance) les personnages parlant sinon, bien sûr, la langue qui fut la leur, norvégien, suédois, allemand, français). Nous sommes parmi la bohème de Kristiania en 1890 (belles scènes de groupe), nous suivons pas à pas (et jusqu’au grain de la peau) les amours malheureuses de Munch dans ce monde puritain asphyxiant où les enfants travaillent et où les femmes sont soit des putes assermentées soit des épouses (Watkins donne largement la parole aux femmes, c’est-à-dire à ses “actrices”, pour ces troublants télescopages (ou piétinements, hélas) de revendications qui feront les délices de La Commune). Le film est en deux parties d’une durée égale (105 minutes chacune). La première s’attache aux enfances du peintre et décrit l’avénement de la première toile expressionniste, L’enfant malade (un portrait de sa sœur aînée, morte jeune de la turberculose, comme leur mère avant elle) : formidable génèse d’une peinture, au plus près de la main qui taille, incise, efface (on entend tout du travail du peintre, plus tard du graveur). La seconde précipite et perturbe la chronologie, dans un tourbillon de plans brefs où reviennent avec insistance les traumatismes de la première. Image, montage, son, Watkins invente à tous les postes. Ce n’est pas un biopic, cette horreur, mais une plongée dans l’esprit tourmenté de Munch, en même temps que la vision lucide, factuelle, d’une époque. Une expérience et un poème, lyrisme tempéré par les savoureuses ambiguïtés de la forme. Bergman le tenait pour “un travail de génie”. Je n’oublierai pas de sitôt en tout cas le regard de Munch me fixant à travers l’objectif, du fond de son angoisse mutique le jeune inconnu, surnaturel sosie de Munch à le comparer avec ses autoportraits, qui le joua en 73 n’étant que le miraculeux médium du vrai Munch, revenu d’entre les morts trois heures et demie durant.



Mauricio Kagel, Variété, morceau de concert pour six (1977)
10. Grazioso - Ensemble Modern, dirigé par l'auteur








Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Mercredi 11 mars 2009



Vu il y a quelques jours le film Watchmen, parce que le comic-book qu’il adapte est excellent et que de toute façon, je vais voir tous les films mettant en scène des super-héros (je ne supporte les héros que super). Le scénariste de l’original, Alan Moore, a refusé que son nom apparaisse au générique et, franchement, je le comprends. C’est pourtant très fidèle ; mais si la lettre est conservée, l’esprit aveugle par son absence, tout s’y prosaïse, trivialise et ridiculise au dernier degré et je me suis gentiment ennuyé (pendant 160 minutes, quand même).

Vu cet après-midi Milk, de mon bien-aimé Gus Van Sant (1). Rien à dire ni redire : impeccable film militant ©, destiné à être vu par tous, simplement émouvant. Certains lui reprochent son classicisme après l’éblouissante inventivité formelle de “la” trilogie qui le précède (et le superbe Paranoid Park) mais c’est déjà bien beau et même assez fortiche qu’un film militant © soit digne de bout en bout, que son message passe sans lourdeur, sa nostalgie sans complaisance, son empathie sans niaiserie. Sean Penn est aussi formidable qu’on le dit et je ne vois pas à l’heure actuelle d’acteur plus sexy que James Franco (ici il est, avec ou sans moustache, en bouclettes ou le cheveu court, d’une beauté presque douloureuse).

(1) Que j’aime depuis mes seize ans et les pleurs que j’avais versés devant My own private Idaho. J’étais à cette époque amoureux, quelle idée, d’un hétéro : la scène dite “du feu de camp” où River Phœnix déclare sa flamme elle aussi sans retour au splendide alors Keanu Reeves sublimait aux petits oignons mes masochismes sentimentaux.



Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Lundi 9 mars 2009



Regardé ce matin Dieu sait quoi (1997) de Jean-Daniel Pollet, film sans acteur (mais porté par la voix (aimée) de Michael Lonsdale) autour de l'œuvre de Francis Ponge. La musique fébrile d'Antoine Duhamel y contredit joliment la sérénité des images, d'étonnantes natures mortes rendues plus que vives par de superbes mouvements d'appareil. Plusieurs phrases y reviennent commes des refrains, dont celle-ci, magnifique : "Nous ferons un pas merveilleux, l'homme fera un pas merveilleux, s'il redescend aux choses (comme il faut redescendre aux mots pour exprimer les choses convenablement)."
Puis, dans l'après-midi, j'ai vu sur YouTube L'Ordre (1973), du même réalisateur, que, vous l'aurez deviné, je découvre (même si j'en entendais parler depuis longtemps) : quarante minutes assez remuantes (et un visage inoubliable), vous en jugerez.






















Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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Samedi 20 décembre 2008



Le début du film



Dans La Commune (Paris 1871), Peter Watkins sape ce qu’il appelle la Monoforme de plusieurs façons : par la durée, bien sûr (5 h 45 (1)), par l’absence totale de musique, par le recours à des comédiens non-professionnels, par l’utilisation de très longs plans-séquences, par la distanciation ludique du dispositif : le film est censé être une suite de reportages d’une anachronique TV Communale, à quoi s’opposent les flashs hilarants d’une TV Versaillaise à la botte du pouvoir. La critique des médias, on nous l’annonce d’entrée de jeu, est le second objet du film ; le premier étant donc le récit des événements de la Commune de Paris, deux mois de notre histoire encore aujourd’hui largement occultés. Pendant deux mois, en 1999, avant le tournage qui dura 13 jours, Watkins a mis à la disposition de ses acteurs plus de deux cent chômeurs, intermittents, militants, sans-papiers, issus pour beaucoup de ce même onzième arrondissement de Paris qui est le théâtre de son récit historique une importante documentation, tout en leur demandant de mener eux-mêmes des recherches sur la Commune. Le résultat de ces ateliers est que l’identification marche à plein : on assistera à une catharsis passionnée. En encourageant la confusion entre les époques, Watkins obtient la plus grande vérité : le langage est contemporain (et souvent source de comique) mais l’engagement des voix et des corps restitue jusqu’à l’hallucination la fièvre révolutionnaire des Parisiens de 1871. La plupart du temps la bande-son est un brouhaha indescriptible et ce bordel ambiant enveloppe le spectateur, l’immerge dans l’action (le silence des nombreux intertitres explicatifs et de brusques arrêts sur image   fonctionnant comme une prise d’air et de champ avant de replonger dans le chaos). Des décors sommaires, des costumes d’époque soignés, un très beau noir et blanc où flotte continuellement la fumée des canons suffisent pour créer l’illusion.




Un extrait



Nous y sommes ; et pourtant c’est d’aujourd’hui qu’on parle. Le film remue en vous des ardeurs séditieuses et cependant les acteurs, parfois positivement possédés par leur rôle, ne semblent jamais tout à fait oublier la fin tragique qui les attend le peloton d’exécution (2). C’est une révolution en noir et blanc et malgré toute son énergie, la ferveur de l’utopie artistique qui le porte, le film est d’une poignante mélancolie, constate son échec dans le même temps qu’il rêve et qu’il espère, fait coïncider vertigineusement le désespoir de ses personnages et de la "France d’en bas" qui les incarne. On apprend beaucoup de choses, on rit énormément. La forme déroutante ne l’est pas tant que ça et notre intelligence généreusement sollicitée en redemande encore et encore. Je ne suis guère porté à l’action politique ; la militance me ferait même un petit peu horreur ; je n’en serais pas moins de gauche, voire d’extrême-gauche, voire le couteau entre les dents si devait vibrer en moi l’espoir de changer quoi que ce soit. N’en seriez-vous pas là, la beauté complexe, la vitalité crépusculaire de ce film devrait vous séduire on n’aura jamais vu cocktail Molotov jeté avec autant d’esprit et d’élégance. Vive la Commune ? Vive Peter Watkins, en tout cas !


(1) Arte, qui l’a coproduit avec le Musée d’Orsay (Watkins n’obtint pas un sou du Ministère de l’Éducation et ne mâche pas ses mots à son égard), évacua lâchement l’objet en le diffusant à partir de onze heures du soir (quelques insomniaques s’en souviennent peut-être). Une version pour le cinéma de 3h 30 existe, sortie en novembre 2007.

(2) La répression versaillaise, qu'on désigne sous le nom de Semaine sanglante, fit de 20 à 30 000 morts
― autant d'assassinats, ne décolère pas Watkins, et cette saine colère bout tout au long du film (ainsi porté à incandescence).




Par Didier da - Publié dans : Suites de l'affaire Lumière
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