et pas le moins du monde
disposé au relativisme. Vous pouvez me dire : quel est ton malheur comparé à celui de cette mouche qu’écrasa avant-hier M. Obama, je m’en fous. J’ai de la fièvre, d’horribles frissons, froid alors
qu’il fait chaud (très), le nez pris et la gorge itou, des courbatures, bref la grippe. Un cadeau de J. (parlez-moi du partage amoureux). Je crains qu’elle ne soit A. Ça me flatterait médiocrement
que nous fussions tous deux les premiers cas connus de cette pandémie à Marseille. Quoique, voyons les bons côtés. Ce serait une couverture médiatique inespérée, j’en profiterais pour parler de mon
dernier livre. Pour peu que j’en meure, la fortune de mon éditrice est faite.
Comme toujours, il y a des consolations. Ce blog m’en fournit quelques-unes. Je découvre ce matin le plus beau des mots-clés qui ait jamais dirigé quelqu’un vers lui : Sur quelle île se trouve
le Japon ? Je m’excuse auprès de celui qui la posa de n’avoir vraisemblablement pas répondu à sa question. Par ailleurs, je me réjouis de constater que mon piège à ados gothiques fonctionne
parfaitement. C'est en effet à l'intention de cette intéressante tranche de la population qu'il y a quelques jours j'ai nommé Twilight mon billet consacré à John Cage. Celui-ci bat des records de fréquentation. Je me demande
combien d’amateurs de vampires pubescents ont eu la curiosité d’écouter Four 5. On s’amuse comme on peut.
*
...Un peu plus tard. Hélas nous resterons obscurs, mon médecin me dit que ce n'est qu'une bronchite.
...au moins jusqu’à l’automne : une cabane en l’air, rien qu’à eux. Invisible depuis la route, elle s’élève sur une étroite bande, fouillis d’arbres et de ronces qu’enserrent,entre deux champs, un fossé et un filet
d’eau.Le gros œuvre est achevé, six semaines d’efforts ont porté leurs fruits.Fierté partagée,merveilleux sanctuaire
!Tandis que je fume, assis au bout d’une plateforme terminée par un siège surplombant le ruisseau, J.
démembre au sol, tapis de feuille rousses,une vieille palette dont ils se serviront pour étayer une passerelle.Il fait chaud, mais l’ombre est douce. L’arbre qui supporte de si ardents travaux est assez grand pour que, levant la tête, je ne sache pas où sa ramée
s’arrête.Des planches pourries et quelques clous, l’été vient de leurs quatorze ans.Amis depuis la maternelle, parmi eux mon neveu ;quatre vélos jetés dans l’herbe.L’un parle trop, l’autre ne dit mot. Celui-là blagueur flemmarde et celui-ci n’a pas cessé depuis une heure de donner des coups de scie et de marteau.Équilibre des caractères, la vie est le meilleur des casting directors. Où donc est passé Dagobert ?Je sais bien, moi, mais trop tard, où est le trésor.
hier, près d'Avignon
Tante Hortense, Cela (extrait de l'album Plus cher, qui vient de sortir)
Fauré/Verlaine, Mandoline transcription de François Branciard
Choeur de chambre Mikrokosmos, dir. Loïc Pierre
Je ne quitte plus Marcel et sa correspondance, pur délice (me voici abordant l’automne 1902). Mais hier, grande émotion : en consultant le catalogue en ligne de l’Alcazar, je m’aperçois que seuls
les trois premiers tomes sont en rayon, le reste étant “consultable sur place”. Le reste, c’est tout de même dix-huit volumes de 500 pages chacun (épuisés ou rares, semble-t-il (je parle de
l’édition Kolb, seule complète, commencée en 75 et achevée en 93)), et à moins d’installer un matelas dans les réserves de la bibliothèque...
J’y suis allé, inquiet et tremblant,
ce matin, prêt au trémolo. D’abord une dame me fait savoir qu’il n’y a pas d’espoir, que c’est patrimonial, que la loi c’est la loi, serment tombeau (1). Peu de temps après elle me
demandait de parler moins fort (je piquai un fard). Deux de ses collègues vinrent appuyer ses dires, un point c’est tout c’était comme ça. Je faisais valoir que ce n’était pas humain d’appâter les
gens ainsi pour les éloigner du banquet et cette sadique ne trouvait pas si mauvaise mon idée de retirer du prêt le début de la série pour empêcher des frustrations quand est arrivé le
bibliothécaire en chef. Je baise la trace de ses pas. Mes regards paniqués et mon ton fébrile l’ont-il ému ? Mais voyons, pas de problème, il prenait sur lui de déclasser l’ensemble, c’était
surtout pour gagner de la place, comme personne ne les demandait... C’est ainsi que souriant aux anges j’ai pu repartir avec le tome IV, étant au tiers du III, et la promesse de pouvoir en emporter
plusieurs la prochaine fois. Alléluia !
(1) C'est par cette formule que Proust annonce à ses correspondants un potin ou un secret ou conclut une indiscrétion.
Serment tombeau j'ai vu hier etc. ou bien Évidemment sur tout cela serment tombeau. Quand avec lui ses amis sont moschants, il est fasché ; gentils, ils sont
en effroyable hausse. En ce moment (il a trente ans) ses soupirs salaïstes s'attachent à Bertrand de Fénelon, dit Nonelef ou Ses Yeux Bleus - il en est jaloux
comme une teigne et organise sa police secrète... quand il n'a pas l'air mort à cause de l'asthme.
Escobar, fille de Minette, est née dans l’été 98, dernière à sortir du ventre de sa mère et dernière à savoir marcher. Chétive elle était, menue elle est restée. Elle passe le plus clair de son
temps, maintenant qu’il fait chaud, dans le premier tiroir de mon bureau. Elle l’atteint par le côté, d’un tiers ouvert ; pour plus de confort, nous en avons tapissé le fond d’un bout de moquette ;
elle y prend ses repas, ce qui lui permet de manger à son rythme ― deux boulettes par heure ―, Natsume au contraire
happant son assiettée dans le quart d’heure qui suit son service (ne plus pouvoir lorgner sur celle de son aînée l’embête, c’est certain). Griffes sur le bois, elle s’y reprend toujours à deux fois
pour grimper dans son abri et souvent se cogne la tête à son plafond bas. Lorsqu’au matin elle vient sur mes genoux tout proches, c’est comme si elle allait prendre le frais sur la terrasse. Mais
quand ma main et son dos se sont assez dit bonjour, elle juge rarement utile d’aller faire un tour en ville, où sévit d’ailleurs ce blouson noir de Natsume, qui se croit chez lui. Pourtant, ce
n’est pas la terreur qui la calfeutre, elle saurait se défendre, le cas échéant. Il se trouve seulement qu’elle est bien là, protégée de tout sans discernement. Ses rêves sont-ils hantés par le
fantôme de sa sœur ?
Vu hier soir ― après un excellent dîner, à la fraîche ― une amie, peut-être un peu
pompette, se faire à elle-même les questions et les réponses, le temps de perdre et de retrouver une notion de base (j’adore ce genre de blancs) :
Tiens, j’ai eu une sensation de...
non, ce n’est pas de déjà-vu...
Comment ça s’appelle déjà ? déjà-vécu ?
Ah oui, un souvenir !
Courses matinales, tabac et vivres. Chez le buraliste, un vieil Arabe devant moi ; à la caisse du Monoprix, trois. Dans les deux cas, on leur oppose un visage fermé, une moue dédaigneuse, ni
bonjour ni merde, une exaspération instantanée et sans objet. Les vieux bonshommes courbent la tête, ne disent rien, paient leurs menus achats. Puis mon tour vient. Le buraliste comme la
caissière sont alors tout sourires, cherchent à partager avec moi leur aversion pour ces gens-là, en levant des yeux au ciel ― qui viennent buter contre le
sale petit plafond de leur sale petit commerce. Des scènes de ce genre, je pourrais en raconter tous les jours ; mais ce serait lassant, n’est-ce pas ? Politiquement correct, même, diraient
certains. Indignation convenue devant le racisme ordinaire de clichetonnesques Français moyens. Ils étaient pourtant là, devant moi, plus en chair qu’en os, le gros buraliste et la grosse
caissière. Assis, rassis sur leurs culs gras, que les obèses ne se vexent pas. Les petits yeux rapprochés de l’un, la grimace de l’autre, et ma honte muette et orpheline d’un parti à prendre. Le
dos voûté et au fond du sac que tient la main brune et calleuse ― des Princes au chocolat.
Henry Purcell (1659-1695) Ground Z. D 222 Richard Egarr
L’exposition dont je vous parlais s’est fort bien passée. Comme son titre était “Les cailloux n’ont pas d’envers” et que
son organisateur (Paul-Emmanuel Odin, merci à lui) me proposait d’intervenir, hors programmation, pour une petite lecture, j’ai tout de suite pensé à l’épisode des pierres à sucer, dans
Molloy. Je l’ai donc lu hier, à quatre heures, pour les quelques visiteurs que l’art contemporain intéressait plus que le temps superbe qu’il faisait. C’était très agréable pour moi que de
rendre ce petit hommage à Sam, en catimini (on finit par s’habituer à être imperceptible). Dans la foulée j’ai lu les
Mandarines d’Akutagawa. Ma voix résonnait dans la grande salle vide et ma foi, c’était d’une mélancolie ad
hoc.
(Je viens de relire pour vous ces huit fameuses pages de Molloy, ne m'étant pas enregistré hier. Je laisse un
peu élégant peu-z-élégante et deux trois bafouillis. Cela dure un petit quart d'heure. Bonne sucette.)