Si tu relisais un peu Balzac, comme je l’ai fait, cela t’aiderait beaucoup à y voir plus clair. C’était un homme qui n’a jamais
trouvé sa méthode. Un Shakespeare bégayant, étouffé par des détails faussement convaincants. Pour un esprit parvenu à maturité, sa médiocrité, sa faiblesse, sa fausseté, sa monotonie sont
stupéfiantes ; tout comme sa qualité et sa puissance, bien sûr, quand il s’abandonne à son tempérament. Sans pourtant être jamais simple ni clair. À force de ne pouvoir se résoudre à être
ennuyeux, il le devint. Il ne voulait jamais renoncer à développer, et se trouva ainsi submergé sous une foule de détails disparates et incongrus. Il n’y a qu’un art ― c’est omettre ! Si je savais
omettre, je ne demanderais rien d’autre. Un homme sachant omettre transformerait en Iliade le journal du matin.
R. L. Stevenson à son cousin Bob, chalet La Solitude, Hyères (photo ci-après), octobre 1883
J’approche du Moyen Age ; il y a presque trois ans, la trentaine fatale a sonné ; et pourtant, le grand œuvre n’est point accompli,
pas même encore conçu. Mais c’est ainsi, à mesure qu’on avance, la forêt semble s’épaissir, le sentier s’étrécir, et la belle maison au sommet de la colline s’éloigner de plus en plus. Certes,
nous apprenons à nous servir de nos moyens, mais c’est seulement pour apprendre du même coup que ces moyens ne peuvent s’appliquer qu’à deux ou trois pauvres lieux communs. Il y a huit ans, si
j’avais pu cracher l’encre comme à présent, je me serais cru bien parti sur les traces de Shakespeare ; mais maintenant ― je constate que j’ai seulement une
paire de chaussures de marche et que je n’ai pas encore commencé le voyage. Et l’art est toujours très loin là-bas, au sommet de la montagne. Mais inutile de poursuivre, car, bien sûr, c’est ton
histoire autant que la mienne, et, bizarrement, ce fut celle de Shakespeare aussi, et de Beethoven, et de Phidias. C’est une bénédiction qu’en cette forêt de l’art, nous puissions poursuivre nos
cloportes et nos moineaux, sans les attraper, avec la même ferveur enivrante que Sophocle lorsqu’il chassa et abattit le Mastodonte.
Le même à Will H. Low, peu après.
A man who knew how to omit would make an Iliad of a daily paper.
Un chalet de La Solitude, ce chalet de La Solitude à Hyères ?? vraiment ?
On se croirait plutôt en Suisse. (Mes fantasmes se réfugient tous en Suisse.)
Oui oui, à Hyères-les-Palmiers, précisément. Peu avant de s'y installer, il avait loué une maison à Saint-Marcel, dans la banlieue de Marseille, dont le paysage l'enchantait (mais le mistral l'a fait fuir). Quand je vois le sinistre endroit que c'est aujourd'hui, Saint-Marcel...
j'aime votre façon d'écrire... il se pourrait que je m'en inspire , pour en faire une variation, si vous le permettez, je publierai alors votre texte en parallèle avec mon éventuelle écho...
codialement RC
Faites, faites, tous les échos sont bons (cela dit, vous commentez ici un texte de Stevenson !)
D'accord, c'est donc cela que signifiait "le même à...", il me semblait aussi...
de toute façon c'est fait ici, et celà donne
------- Les traces du futur en plans lointains
Si la forêt semble s’épaissir, le sentier s’étrécir
Au détour du trajet, les lieux semblent s’évanouir
La certitude tremble, et fait place aux suppositions
Les repères ,effacés par les ans, autant de questions
Qui émergent, et traquent, ce pas et le suivant
Au point de nous laisser , refrain obsédant
Une saveur trépassée, d’un mouvement sur place
Que des rubans de brume, enlacent
A la mesure du temps, aux promesses du futur
La suite des collines, semble nous offrir un mur
De perspectives basculées en escalades indécises
Qu’il faudrait qu’un grand-œuvre précise
Et nous guide, comme Ariane, sur l’étroit chemin
Ou le petit Poucet, des cailloux de sa main
Pour accomplir le destin, encore à concevoir
Qu’en partant, on n’a fait qu’entre-voir.
En parvenant malgré tout au premier sommet
Le paysage s’étale en tapis d’autres forêts
Espaces, lacs, dunes, et précipices
Se faisant suite, sans artifices
Le sommet, une colline bien basse
Au regard des horizons qu’on embrasse
Portant sur des distances insoupçonnées
Montagnes et plateaux moutonnés
Seront les futures étapes à franchir
Et peut-être laisser, pour l’avenir
Au delà d’autres monts, l’espace
Garder, provisoirement une légère trace.
RC 14- 01-2012
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bien à vous
R Ch