Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 07:24

 

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Si tu relisais un peu Balzac, comme je l’ai fait, cela t’aiderait beaucoup à y voir plus clair. C’était un homme qui n’a jamais trouvé sa méthode. Un Shakespeare bégayant, étouffé par des détails faussement convaincants. Pour un esprit parvenu à maturité, sa médiocrité, sa faiblesse, sa fausseté, sa monotonie sont stupéfiantes ; tout comme sa qualité et sa puissance, bien sûr, quand il s’abandonne à son tempérament. Sans pourtant être jamais simple ni clair. À force de ne pouvoir se résoudre à être ennuyeux, il le devint. Il ne voulait jamais renoncer à développer, et se trouva ainsi submergé sous une foule de détails disparates et incongrus. Il n’y a qu’un art c’est omettre ! Si je savais omettre, je ne demanderais rien d’autre. Un homme sachant omettre transformerait en Iliade le journal du matin.
 

R. L. Stevenson à son cousin Bob, chalet La Solitude, Hyères (photo ci-après), octobre 1883

 

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J’approche du Moyen Age ; il y a presque trois ans, la trentaine fatale a sonné ; et pourtant, le grand œuvre n’est point accompli, pas même encore conçu. Mais c’est ainsi, à mesure qu’on avance, la forêt semble s’épaissir, le sentier s’étrécir, et la belle maison au sommet de la colline s’éloigner de plus en plus. Certes, nous apprenons à nous servir de nos moyens, mais c’est seulement pour apprendre du même coup que ces moyens ne peuvent s’appliquer qu’à deux ou trois pauvres lieux communs. Il y a huit ans, si j’avais pu cracher l’encre comme à présent, je me serais cru bien parti sur les traces de Shakespeare ; mais maintenant je constate que j’ai seulement une paire de chaussures de marche et que je n’ai pas encore commencé le voyage. Et l’art est toujours très loin là-bas, au sommet de la montagne. Mais inutile de poursuivre, car, bien sûr, c’est ton histoire autant que la mienne, et, bizarrement, ce fut celle de Shakespeare aussi, et de Beethoven, et de Phidias. C’est une bénédiction qu’en cette forêt de l’art, nous puissions poursuivre nos cloportes et nos moineaux, sans les attraper, avec la même ferveur enivrante que Sophocle lorsqu’il chassa et abattit le Mastodonte.
 


Le même à Will H. Low, peu après.

 

 

la-solitude-copie-1.JPGA man who knew how to omit would make an Iliad of a daily paper.

 

 


Par Didier da - Publié dans : The Stevenson Club
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Commentaires

Un chalet de La Solitude, ce chalet de La Solitude à Hyères ?? vraiment ?

On se croirait plutôt en Suisse. (Mes fantasmes se réfugient tous en Suisse.)

Commentaire n°1 posté par François Matton le 15/12/2010 à 11h03

Oui oui, à Hyères-les-Palmiers, précisément. Peu avant de s'y installer, il avait loué une maison à Saint-Marcel, dans la banlieue de Marseille, dont le paysage l'enchantait (mais le mistral l'a fait fuir). Quand je vois le sinistre endroit que c'est aujourd'hui, Saint-Marcel...

Réponse de Didier da le 15/12/2010 à 15h43

j'aime votre façon d'écrire... il se pourrait  que je m'en inspire , pour  en faire une  variation,  si vous le permettez,  je publierai alors  votre texte  en parallèle  avec mon éventuelle  écho...

 

codialement  RC

Commentaire n°2 posté par Ren le 14/01/2012 à 10h11

Faites, faites, tous les échos sont bons (cela dit, vous commentez ici un texte de Stevenson !)

Réponse de Didier da le 23/01/2012 à 08h36

D'accord,   c'est donc  cela  que  signifiait "le même à...", il me semblait aussi...

 

de toute façon  c'est fait ici,  et celà donne

-------  Les traces du futur en plans lointains

 

Si la forêt semble s’épaissir, le sentier s’étrécir
Au détour du trajet, les lieux semblent s’évanouir
La certitude tremble, et fait place  aux suppositions
Les repères ,effacés par les ans, autant de questions

Qui émergent, et traquent, ce pas et le suivant
Au point de nous laisser , refrain obsédant
Une saveur trépassée, d’un mouvement sur place
Que des rubans  de brume, enlacent

A la mesure du temps, aux promesses du futur
La suite des collines, semble nous offrir un mur
De perspectives basculées en escalades indécises
Qu’il faudrait qu’un grand-œuvre précise

Et nous guide, comme Ariane, sur l’étroit chemin
Ou le petit Poucet, des cailloux de sa main
Pour accomplir le destin, encore à concevoir
Qu’en partant, on n’a fait qu’entre-voir.

En parvenant malgré tout au premier sommet
Le paysage  s’étale en tapis d’autres forêts
Espaces, lacs,  dunes, et précipices
Se faisant suite, sans artifices

Le sommet, une  colline bien basse
Au regard des horizons  qu’on embrasse
Portant sur des distances insoupçonnées
Montagnes  et plateaux moutonnés

Seront les futures étapes à franchir
Et peut-être laisser, pour l’avenir
Au delà d’autres monts, l’espace
Garder, provisoirement une légère trace.

RC 14- 01-2012

 

 

--------

 

bien à vous

 

R Ch

Commentaire n°3 posté par Ren le 23/01/2012 à 09h13
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