Tanger, le 16 avril
Dans nos poitrines, il y a plus de ciel que d'air
Abdelmajid Benjelloun
Brusquement Dieu darde sur vous son œil, c’est la paupière la plus rapide de l’Ouest : elle va à la vitesse du son et s’ouvre
net quand retentit soudain la prière du muezzin, vers sept heures du matin.
Alors, le muezzin prend tout l’air de la ville dans ses poumons, on respire avec lui ou on retient son souffle, il n’y a pas
trente-six mille options (il y a arrêt dans minaret). Sa voix est noire comme une barbe et semble obscurcir le silence, les fins de phrase sont plus belles que les commencements, quelque chose de
gracieux dans leur suspension tranche avec la sévérité des entames mais l’impression d’ensemble reste solennelle et pesante et l’on se prend à rêver que l’on confie cet emploi aux femmes, un
soprano léger et cela changerait tout, on relèverait la tête, son chant se mêlerait aisément à celui des oiseaux.
Hélas, il ne faut pas rêver : Dieu, c’est le Verbe, pas la Musique. Ou bien si — mais dans l’idéal.
Isaac Albeniz, Yvonne en visite ! (1905), I. La révérence
Marc-André Hamelin, piano