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Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 05:03

 

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L’horreur au paradis terrestre, on pourrait résumer ainsi L’Autre (The Other, 1972) de Robert Mulligan. Il y a des films qu’on aime tout de suite, il est de ceux-là : le premier plan est admirable : un travelling arrière rapide et frémissant dans un sous-bois, la caméra inexorablement ralentit, s’arrête, puis zoome très lentement sur une tâche fixe de lumière, c’est une clairière au centre de laquelle est un petit garçon immobile, un ange blond dont le reste du film dévoilera calmement la folie sanglante et candidement perverse. Le décor est celui, classique, de la pastorale américaine, l’éternelle campagne estivale jaune de soleil ; les événements tragiques qui s’y déroulent ne sont rendus surnaturels que par la mise en scène ; lui aussi baigné de soleil, l’autre zoom qui conclut le film est un des plus glaçants qui soient.

 

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Je ne sais plus si c’est avant ou après l’avoir vu que j’ai lu le tout dernier et magnifique conte de Marcel Schwob, L’Étoile de bois (1897). C’est l’histoire d’un enfant élevé dans une forêt impénétrable aux rayons du soleil (Longtemps l’enfant ne connut de la lumière qu’une trouble et laiteuse verdeur de l’air…) et à qui une clairière pratiquée par un orage révèle soudain les étoiles. L’enfant est fasciné. Sa vieille mère lui dit que seul Dieu peut les allumer. Il n’en croit rien. Lui aussi allumera son étoile, une étoile dont il sera le maître. C’est Prométhée en culottes courtes. Son idée fixe provoquera malgré lui la mort et la désolation. À la fin dans le ciel s’élève une étoile rouge.

 

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Histoires de paradis perdus, où l’homme fait le mal sans qu'il en soit conscient. J’ai vu hier soir l’épatant Grizzly Man (2005) de Werner Herzog. C’est pour l’essentiel un montage des étonnantes images filmées par Timothy Treadwell, un cinglé coiffé comme Prince Valiant, qui pendant treize étés s’est imaginé pouvoir se faire des amis d’une bande d’ours mal léchés du lointain Alaska, et les protéger des hommes comme si lui-même n’en était pas un. Il aura beau leur répéter « I love you » d’une voix haut perchée et leur donner des surnoms ridicules (Sergent Brown, Mister Chocolate), l'un de ces monstres de trois mètres finira par le dévorer. On voit Herzog écouter au casque la bande-son du carnage (le pauvre Tim se filmait tout le temps) et dire « s’il vous plaît, arrêtez ça ».

 

L’épouvante est un enfant blond, les plus beaux rêves sont meurtriers, les ours ne sont pas en peluche. Ah ! rendez-moi mon innocence !

 


 

 

 


 

Par Didier da - Publié dans : Cauchemars
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