C'était hier soir peu après 20h. Quelques heures plus tôt, le soleil cuisait depuis le ciel barbouillé de nuées gazeuses passant vite (de plus lourds frères à
l'horizon) et qui en faisaient le plus souvent un trompeur disque pâle. J'ai lu Thompson en me gondolant, le sable crissait entre les pages, puis la chaleur m'a poussé vers l'eau où d'ailleurs
pas mal de gens se trouvaient. Elle était, comme toujours, c'est l'un des sept piliers de la sagesse méridionale, fraîche mais bonne ; j'ai voulu nager jusqu'à la première bouée, une centaine de
mètres à vue de nez, à mi-chemin ce fut comme si c'était fait (ce qu'on appelle un trait de caractère) et je me suis allongé sur le dos, les yeux clos ce faisant par réflexe. Quand je les ai
rouverts, un avion allait traverser l'écran troué des nuages qui continuait à se déplacer rapide et léger, comme à sa rencontre ou l'inverse, pendant que moi-même je dérivais, et le très bref
alliage de ces trois mouvements — les nuages et moi en travers des vagues, mus par le même vent (un sujet de fierté), à rebours de l'avion aux fines traces parallèles — ou plutôt la conscience
vive que j'en eus et qui passait par mes bras en croix me procura une émotion étrange et somme toute heureuse, je ne savais plus qui allait vers quoi et à quelle vitesse, selon quels angles
incalculables — c'était un nœud à peine observable de lignes de fuite comme il y en a tant, partout, tout le temps —, mais tous nous y allions avec une belle détermination, quoique le plus gratuitement du monde.