Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 10:30

 

 

À la clinique de Flechsig, je n’avais joué qu’une seule fois, sur les instances pressantes de ma femme, une partition qui se trouvait là tout à fait par hasard, une aria de Haendel : Je sais que mon sauveur est vivant. J’étais alors dans un état tel que je jouais dans le sentiment précis que mes doigts touchaient là un clavier pour la dernière fois. Du moment où, à l’asile, je les repris, les échecs et le piano constituèrent l’essentiel de mes distractions pendant les cinq années qui se sont écoulées depuis. Le piano a été pour moi d’un prix infini, et c’est toujours le cas aujourd’hui ; je dois dire qu’il m’est difficile d’imaginer comment j’aurais pu supporter, pendant ces cinq années, le jeu forcé de la pensée, avec tout son cortège de phénomènes, si j’avais été dans l’impossibilité de jouer. Pendant que je joue du piano, le dégoisage insane des voix qui me parlent est couvert : c’est avec l’exercice physique l’une des formes les plus adéquates de la fameuse “pensée qui ne pense à rien”...

Daniel Paul Schreber, Mémoires d’un névropathe (1900).

 

 

 

 

Par Didier da - Publié dans : Mes mains ont la parole
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés