Je me suis donc remis à lire, dans ma baignoire comme dans mon lit — et aux toilettes aussi, depuis l’enfance le pli est pris. Je parlerai un autre jour de littérature pure, aujourd’hui je voudrais évoquer quelques bandes dessinées, il y a longtemps qu’il n’en a pas été question ici. J’en ai lu une vingtaine, ces dernières semaines, la plupart récemment parues et la plupart pas très bonnes, hélas. C’est comme partout, on publie trop. Hasard ou tendance lourde, je ne sais trop, celles que j’ai aimées relèvent, à l’exception de la dernière, de l’autofiction ou de la franche autobiographie.
Paul à
Québec et Paul au Parc, de Michel Rabagliati. Ce sont les deux derniers tomes d’une série centrée, on le devine, sur
la vie d’un certain Paul (adulte dans le premier, enfant dans le second), mais qui sait pour autant faire vivre (et mourir) une foule de personnages, auxquels on s’attache facilement. C’est la
vie même, avec tout ce qu’elle comporte de banal et de tragique, et ce n’est pas aussi simple à rendre que ça en a cependant toujours l’air. Le parler québécois ajoute à ces récits une saveur
particulière.
Restons au Québec avec Conventum, de Pascal Girard. L’auteur
est invité à une réunion des anciens du lycée et veut à tout prix y faire bonne figure. Ce sera bien sûr un désastre et son amour-propre en ressortira laminé. Dessin un peu tremblé, à l’image du
héros lamentable toujours au bord de la syncope, et sans cases, tandis que le pauve Pascal apprend à ses dépends que les cases dans lesquelles il mettait choses et gens sont une vaste
connerie.
Sutures, de David Small, raconte l’épouvantable enfance de l’auteur, dans les
années 50, à Detroit. Le dessin très expressif excelle à communiquer l’horreur, en l’occurrence celle d’être haï par une mère secrètement lesbienne et atteint d’une tumeur au cou dont le
responsable est son propre père, un radiologue, à cette époque les rayons X étant considérés comme la panacée pour tous les problèmes de santé. Beaucoup de pleines pages, un lavis noirâtre, une
maîtrise qui rassure : le petit David s’en est sorti.
Et enfin Le Rayon de la Mort, de mon cher Daniel
Clowes, toujours impeccablement désespéré. Un adolescent misanthrope se voit doté de super-pouvoirs. Tout ce qu’il en retire, c’est une super-misanthropie. Déprimant à souhait, c'est
exquis.