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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 08:12




Chico Buarque/Tom Jobim, Portrait en noir et blanc





Nous contournons les pistes quand soudain la route s’engage sur plusieurs centaines de mètres dans une double rangée de bambous géants se rejoignant très haut à leur sommet, à la manière d’une voûte gothique. La lumière tamisée, un peu verte, rafraîchissante, me remet en mémoire cette histoire étonnante racontée par Gilles Lapouge lors d’une visite à Campinas, ville située à 100 km à l’est de São Paulo, qui possède à l’identique une allée ombragée de magnifiques bambous géants. L’histoire mérite d’être citée en son entier tant elle est touchante :
“J’ai interrogé les habitants de Campinas. J’ai appris que cette cathédrale végétale est une histoire d’amour. Elle a été plantée au début du siècle par un fazendeiro très riche, un nabab du café je présume. Cet homme avait une fille frappée d’une dure disgrâce : une maladie, appelée mélanisme ou mélanodermie, je ne sais plus. Si cette enfant allait au soleil, elle était morte. Le monsieur si riche et sa femme ont alors organisé cette formidable allée de bambous, qui ont grandi en même temps que la petite fille et l’ont sauvée. Sous les beaux bambous, des bonnes ont bercé la petite malade. Un peu plus tard, des instituteurs sont venus l’instruire et comme les bambous commençaient à grandir, la fillette pouvait même recevoir ses amies pour des dînettes, et quand elle a eu seize ans, les bambous étaient si élevés qu’elle a pu faire du cheval dans son île de verdure.
Elle a vécu très longtemps. Elle allait dans les reflets, les lumières élimées de ses verdures. Elle est morte il y a quelques années. Fut-elle désespérée ? Nul n’a pu m’informer. Les personnes qui avaient entendu parler de cette dame ne l’avaient jamais vue.
Cette femme résidait dans le même monde que le nôtre, mais dans un pli, dans une solitude et une illusion de ce monde, et nul n’y avait accès, sauf sa famille ou quelques amies que le temps a emportées. Parfois, dans le silence des débuts d’après-midi, on entendait le galop du cheval. C’était la jeune fille, l’invisible jeune fille peut-être heureuse ou bien non.”



Patrick Corneau, Brasileza, suites brésiliennes (2005), p. 49-50


Par Didier da - Publié dans : Persistance rétinienne
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