Samedi dernier une fraction de l’humanité se passait une heure durant d’électricité (ce qu’il en a fallu pour me le faire savoir !), et j’ai reçu hier un mail m’invitant à ne rien acheter ce
samedi (shabbat pour tous, pour ainsi dire). On connaissait déjà la journée sans pub, sans tabac, sans viande ou sans voiture, les pince-sans-rire et les compotes sans sucre. Émouvantes
cuillerées d’eau ôtées à une mer de gâchis, je ne dis pas, mais ces actions ne concernent jamais qu’une frange de la population, tout le monde n’a pas une Clio ou des kilos à perdre. Je propose
le jour sans mots. Si tout un jour paraît beaucoup, mettons une heure. Que chaque homme (et chaque femme) sur la planète tourne sept fois sa langue dans sa bouche, s’il en a une. Qu’il
médite sérieusement sa sortie du silence. On imagine la chose. Tous ces visages concentrés, absorbés soudain par la rude tâche de trouver le mot, la phrase qui vaille la peine qu’ils ne se
taisent plus. Mais cette cacophonie alors, quand tous diront ce qu’ils ont sur le cœur ! Nul n’y comprendra rien ― tragique résultat que des centaines
d’analyses, grands dossiers et billets d’humeur s’emploieraient à commenter les jours suivants, hélas. (Ou alors le jour sans idée ; j’ai bien peur que pour moi, ce soit
aujourd’hui.)