Samedi 2 août 2008



Merci, Miranda Lovelace, de remuer pour nous ces souvenirs douloureux. Je suis solidement convaincu que nos auditeurs sauront faire leur miel de ce concentré de sagesse. On a beau dire, on a beau faire, les écrivains ne sont pas des gens comme nous. Je me faisais cette réflexion en vous écoutant, Miranda. Là où la plupart des hominidés n’éprouvent qu’un sentiment confus et informe et légèrement repoussant, vous avez l’art de mettre des mots à la suite les uns des autres qui nous soulagent de nos malheurs et qui nous disent : ce n’est peut-être qu’un lopin boueux, mais avec un peu de patience et d’amour vous en verrez sortir une salade ou un potiron.      

 

C’est un don. Je suis programmée pour faire du bien aux gens. Tout ce qu’ils demandent, c’est du rêve et de l’évasion.  

 

Je peux, maintenant ?  

 

Oui, mon sucre d’orge. 


Miranda dit la vérité. Tout ce que les gens demandent, c’est du rêve et de l’évasion. N’essayez pas de leur fourguer autre chose. Les fans me le hurlent au creux de l’oreille à longueur de journée, les romans de Miranda les font rêver. Vous n’imaginez pas combien leurs vies sont sinistres, leurs histoires d’amour navrantes, leurs motivations sordides, leurs aspirations médiocres et toujours contrariées. J’ai souvent pitié d’eux. Et mon cœur se gonfle de fierté quand je pense que, grâce aux livres de Miranda, ils ont oublié, pendant quelques heures, cette petite mare stagnante et nauséabonde qu’est leur existence.  
 

Brad dit quasiment la vérité. Une étude a prouvé que 88 % de mes lecteurs, dont 97 % sont des lectrices, mettent plusieurs semaines pour lire un de mes livres. Elles lisent plus volontiers le soir, avant de s’endormir, après une dure et longue journée absurde et vide. Elles lisent à voix haute, en suivant avec un doigt. Quelques phrases seulement, elles ont beaucoup de mal à se concentrer. Et puis elles s’effondrent, épuisées, comme des merdes. Elles sont toutes un peu mes meilleures amies. Eh, les filles ! Je vous fais plein de gros poutous.  

 

Super, Miranda, je crois que le message est passé. Pour finir, pouvez-vous nous parler de vos projets ?  

 

Evidemment. Je fourmille littéralement de projets. Il y a d’abord cette adaptation pour le cinéma de « Mais où reviens-tu ? », un de mes plus insolents succès. Spielberg en a acheté les droits avant même que j’en aie écrit une ligne. J’ai un très bon agent.  

 

A-t-on déjà une petite idée du casting ?    

 

Ces choses-là sont encore indicibles. Mais je peux d’ores et déjà vous révéler que j’aurais un petit rôle. Ma première apparition sur grand écran. J’en rêvais depuis toute petite.  

 

Ça c’est un scoop ! Une nouvelle carrière s’ouvre à vous, alors ?  


Non, non, je ne crois pas. Les écrivains aiment rester dans l’ombre, vous savez. Tirer les ficelles. Oh my God, qu’est-ce que j’aime ça, tirer les ficelles. Le devant de la scène, les projecteurs, très peu pour moi. Je préfère cultiver mon jardin secret. 

 

C’est tout à votre honneur.  

 

Il y a ensuite cette saga romantique en huit volumes dont j’ai eu l’idée hier soir, « Le clan des MacPherson ». Ce sera l’occasion pour Brad et moi de faire un petit voyage en Ecosse, afin de nous documenter. Rien ne vaut la couleur locale. Tous ces petits détails qui font vrai, ces aperçus historiques, ces vieilles légendes pittoresques, c’est véritablement l’idéal pour remplir des pages sans se fatiguer. Car vous savez, le truc à ne pas perdre de vue, quand on écrit des romans, c’est qu’il vous faut un début accrocheur et une fin exaltante. Entre les deux, vous pouvez vous permettre à peu près tout – je veux dire, à peu près n’importe quoi. De toute façon, personne ne s’en souviendra. Avez-vous jamais entendu quelqu’un s’exclamer : « Hey ! Le milieu de ce livre est génial » ? Non, bien sûr. Il faudrait vraiment être idiot pour se prendre la tête avec le milieu. Pour autant, certains de mes passages favoris, certaines des pages que je suis le plus fière d’avoir écrites ou dont j’ai le moins honte se trouvent quelque part au milieu de mes romans. Ils y sont bien cachés, comme qui dirait à l’abri des regards indiscrets.  

 

Pensez-vous écrire un jour autre chose que des romans d’amour ?  

 

Je l’ignore. L’amour est tout de même LE sujet qui intéresse les gens, non ? Ça et l’argent. Mais je pense qu’un jour, j’écrirai mes mémoires. Il m’est arrivé tellement de choses ahurissantes. Tenez, pas plus tard qu’hier, il était quoi, cinq heures, cinq heures et demi ?  

(à suivre...) 
Par Didier da - Publié dans : Conneries
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Blog : Santé sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus