Jeudi 24 juillet 2008
Chers lecteurs, vous l'espériez (n'est-ce pas ?), je l'ai fait : un grand "feuilleton de l'été" - vous avouerez que c'est original.

(Je rappelle, pour les nouveaux venus, que je suis, dans le civil, rewriter pour Harlecon : il ne faut pas chercher plus loin la source d'inspiration principale de cette pochade.)

Voici donc sans plus attendre la première livraison de

MIRANDA



Miranda Lovelace, merci de nous accueillir dans l’intimité rassurante de votre foyer. C’est une bien belle maison que vous avez là. Je vais la décrire pour nos auditeurs. Nous sommes dans un quartier résidentiel haut de gamme à Las Putanas, Californie. Le ciel est d’un bleu que je me réserve le droit de qualifier ultérieurement, quand je serai revenu de mon éblouissement. Une tondeuse ronronne, des oiseaux pépient. Une double haie de palmiers et de forsythias dérobe au regard des curieux votre immense jardin, lequel est peuplé de nains réinterprétés par une artiste amérindienne contemporaine.

Pamela est une amie. J’adore ses nains. Elle vient de la tribu Hoopa. Elle m’a beaucoup soutenu quand mon husky cendré, Marc-Lévy, est décédé brutalement en mars 2006. Toute cette spiritualité ! Les Américains d’origine sont tellement spontanés.

Sur le gazon impeccablement vert, une dizaine d’enfants d’âges variés, la chair de votre chair, jouent gaiement à Guantanamo
, un jeu de leur invention, je crois.

Oui, mes petits bouts de chou ont une incrédible imagination. Regardez comment Linda brûle la voûte plantaire de Chad avec un chalumeau. Ils sont tellement spontanés !

La maison est de style hacienda gothique, rehaussé ça et là de Bauhaus texan. Un magnolia de trente-huit mètres ombrage une terrasse en quartz dépoli. Une piscine en forme de piscine semble posée sur la pelouse comme la flaque de vomi d’une fée. Sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, large comme un yacht d’émir véreux, refroidissent joyeusement une trentaine de tourtes à la courge.

Tout le monde aime ça, ici. N’est-ce pas, Brad ?

Brad est votre mari. Il vient de nous rejoindre. C’est un grand gaillard de presque deux mètres, ses yeux sont verts et ses cheveux noirs comme le jais brillent merveilleusement dans un rayon de soleil. Bonjour, Brad. Vous êtes réellement super sexy dans cette chemise à carreaux sans manches. Alors, dites-nous tout, elles sont si bonnes que ça, les tourtes à la courge de votre femme ?


Bonjour. Plus que vous ne pourrez jamais l’imaginer. Elles ont quelque chose de spécial.

Oh, canard, ne t’avise pas de divulguer mon petit secret !

Miranda a un secret qui fait que ses tourtes à la courge ont quelque chose de tellement spécial que vous ne pouvez quasiment pas vous arrêter d’en manger tant qu’il y en a, eussiez-vous des hémorroïdes grosses comme des melons d’eau.

Je suis sûr que nos auditeurs s’entretueraient salement pour connaître ce secret.

Je le tiens de ma grand-mère, une femme extraordinaire. Vous regretteriez toute votre vie de ne pas l’avoir connue si je vous en parlais plus en détail. Elle avait des ongles si longs ! Les grands-mères sont tellement spontanées. Elle vous grattait si bien le dos que vous lui demandiez de vous gratter le dos comme ça, pour le plaisir, même si votre dos ne vous démangeait pas. Mais la plupart du temps, vous n’aviez même pas à le lui demander. Précédée de ses incroyables ongles, elle arrivait soudain dans la pièce et, avec cette voix inimitable, elle vous disait : « Hé, chérie, si je te grattais le dos ? » Vous ne pouviez pas lui résister. Elle est morte en nous détestant tous.

Vous parlez d’elle avec beaucoup d’émotion. Le bord inférieur de vos yeux s’est brusquement humidifié, c’est très beau.


Non, non, c’est l’air conditionné.

Votre femme est incrédiblement pudique, Brad ?


(à suivre...)


Par Didier da - Publié dans : Conneries
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