Mercredi 2 juillet 2008
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La tristesse est un état qui ne me quitte plus, je suis triste continuellement comme si cela faisait partie de mon tempérament. Pourtant quelque chose me dit que dans le passé j’ai été joyeux, j’ai
été souriant, j’ai été content. Pourquoi faut-il aujourd’hui que je sois triste ? Je ne crois pas me souvenir d’un seul motif que j’aurais de l’être et pourtant je le suis, je suis triste, je suis
triste continuellement. C’est une tristesse informe, inadéquate, qui n’adhère à rien, à aucun événement précis, c’est une tristesse de fond pourrait-on dire mais une tristesse qui, je le sens
confusément, n’est pas la mienne. Elle occupe ma personne et s’en empare mais moi, je le sais, je le sens, moi, je ne suis pas triste, je ne l’ai jamais été.
Ne garde rien pour toi, lâche tout, tout ce qui t’appartient, tu verras bien au final ce qui te reste et s’il ne te reste rien c’est que tu auras épuisé l’intégralité de tes possessions, de tes
souvenirs, ne retiens rien, lâche tout, tu verras de quoi chaque heure, chaque minute, chaque seconde est faite, rien d’autre que le déroulement du temps à un rythme que tu ne peux connaître si tu
es encombré et recouvert et occupé de ton histoire. Après tu te dépouilles, tu te vides, l’extérieur entre, il entre et entre encore, tout le temps il entre.
Il existe sans doute beaucoup de choses, maladies, sensations, objets, couleurs, formes, humeurs, qui n’ont pas été répertoriés, identifiés, distingués, nommés et qui pourtant existent. Reste à
savoir si le silence porté sur leur existence permet de les contrôler ou si au contraire il amplifie leur pouvoir de nuisance.
Tous nos souhaits ne se réalisent pas.
Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître (Verticales, 2007)
C’est un beau texte (je l’ai lu d’une traite hier après-midi), dont le sujet serait moins, finalement, la « maladie de A. » que le regret, le regret des regrets, l’oubli, le désir de l’oubli et la
lutte contre lui. Mais c’est aussi une cocasse réhabilitation du docteur Alois Alzheimer, dont le nom par la faute d’un collègue envieux et malveillant reste attaché à une maladie terrifiante –
comme elles le sont toutes, et avant tout la vie, pathologie mortelle dont sans presque aucun pathos Olivia Rosenthal nous dit, à raison, et avec une certaine et curieuse légèreté, que c’est une
chose bien lourde à porter.