Mardi 21 février 2012
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Je n’ai pas ouvert un livre depuis cinquante jours. Exception faite de l’un de mes cinq exemplaires du Misanthrope, celui illustré par Dubout et qui n’est pas très beau mais qui s’avère le plus agréable à lire dans une baignoire. N’allez pas m’imaginer pour
autant dans ce petit coin sombre avec mon noir chagrin (Acte V, scène I). Pour commencer on y voit très bien dans cette salle de bain.
Ah ! que ce cœur est double et sait bien l’art de feindre
!
Je m’interroge. Pourquoi ce manque d’appétit pour la nouveauté ? Tous ces livres formidables qu’il y a encore à lire, ça fait peur.
On vous les signale. On est tenté. On va jeter un œil. Le piège se referme. Mais je résiste. J’ai écouté hier la neuvième de Bruckner, très fort, dans une exaltation croissante. Voilà qui bat en
brèche l’idée du noir chagrin : je m’exalte. Pour un truc qui a 116 ans. Ah mon cœur, vieux moteur.
...une vieille chanson que je m’en vais vous dire.
Il y a en moi un homme de 78 ans, je l'ai toujours su. Ce qui est bien jeune, remarquez. Je me sens d'ailleurs en pleine forme,
grâce à cette grippe dont je sors à peine. Profitons des joies du contraste, ça ne va pas durer. On se sent de nouveau capable de tout faire et au bout du compte on ne fera rien, comme
d’habitude.
Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,
Et dans votre désert aller m'ensevelir !
J’attends le redoux, comme un paysan. Molière et Bruckner, ce sont des goûts de paysan, je trouve. C’est rustique, en tout cas, ça
sent la bonne vieille cire, le vieux bois.
L’honneur de contredire a pour lui tant de
charmes,
Qu’il prend contre lui-même assez souvent les armes ;
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,
Aussitôt qu’il les
voit dans la bouche d’autrui.
C’est tout de même du solide ça madame. Idéal pour
tenir l’hiver. Yver, vous n’estes qu’un villain. Quand je vous dis que mes références sont celles d’un instituteur corrézien né en 1912. Vivement le
printemps.
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