Merci à brigetoun, colo, jc, Nadège, PhA, François Matton, Tania, Fayçal, Océania, sl, m, Insula Dulcamara, gilda, david,
Philippe(s), cgat, Gérard, l’admirablement opiniâtre Depluloin, Papageno, martine, Anne Odine, Louise, Oliver Verley, Mth Causeuse, Igor, Lia, Anna de Sandre, haïdouk, Alain Sevestre, Le Général,
Arnaud, Marco, Je, Le Lorgnon mélancolique, enna, Ambre,
d’être sortis de l’ombre où nous sommes et où je suis si bien.
Ici s’achèvent Les idées heureuses. Mais aussi bien ici elles commencent.
Si vous découvrez ce blog, 695 billets vous attendent―complémentaires et contradictoires―, je crois que c’est assez.
L’intérêt est certainement très limité du portrait qu’ils dessinent d’un jeune auteur et pianoteur dans sa trente-cinquième année, mais assez de textes, d'images et de musiques où je ne suis pour
rien les émaillent pour vous offrir une promenade plutôt plaisante, j’ose le croire ; car ces musiques, ces textes et ces images furent, ces dix-huit derniers mois, toujours amoureusement choisis
par votre serviteur ; et l’amour, ça ne se commande pas.
Si vous le suiviez, je m’excuse de vous planter là, et vous remercie, comme on dit, de votre fidélité. Mais je prenais trop de plaisir à fignoler ces pages et à bavarder en votre compagnie, et les livres réclament une parfaite solitude... Les commentaires demeurent ouverts, le
dialogue toujours possible. Au revoir, peut-être, qui sait.
En attendant, allez donc écouter, s'il vous plaît, la somptueuse, la bouleversante intégrale des lieder d’Anton Webern par Jody Pou et
Emily Manzo mise en ligne aujourd’hui même à cette adresse : une trentaine de minutes à peine, toute une vie d'ardeur et d'ascèse pour la musique, incarnée ici
avec une inédite intensité, bien loin des sécheresses d'avant-garde, et une inouïe délicatesse.
Pascal Dusapin, À quia (2002) concerto pour piano et orchestre - 2e mouvement
Ian Pace - Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach
Car la musique ne dit rien et on ne dit jamais rien sur la musique. Dire sur elle est insensé. Alors, on n'en dit rien. Jamais. A défaut de pouvoir la dire,
on en parle. Mais parler de musique semble toujours nous plonger dans l'obscurité tant son sujet se dérobe. La musique se parle mais condamne à la glose tout commentaire. On n’y voit rien non plus.
Pas d’image objective certaine, pas de contenu, pas d’objet. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne désigne rien mais, lorsqu’elle se tait, à chaque fois, ne subsiste en nous qu’un sentiment vif,
presque incommode, délicatement douloureux. Comme une peine. La musique luit et se dissipe, telle une illusion. Secrètement, elle résonne. Mais son écho vient toujours trop tard. La musique, c’est
le deuil incessant de l’instant.
Roland Barthes disait : “La musique, c’est ce qui ne revient jamais”... Nous pourrions ajouter, c’est toujours avant. En somme, c’est toujours déjà fini. Écouter la musique, c’est comme une menace.
La menace que cela soit “encore déjà fini”. Alors, on s’obstine. On écoute à nouveau. Et puis, ça n’est encore plus là. Et même, moins qu’avant. Et ça recommence (...)
Mais composer n’est pas écouter (...)
Lorsqu’un oiseau vole, l’air se divise autour de lui en minces filets. Chacune de ces invisibles traces en produit d’autres, et d’autres encore, qui se divisent à l’infini, engendrant de fines
chaînes de tourbillons. L’air est sillonné d’innombrables surfaces vibrantes dont les périodes ne cessent jamais d’en devenir d’autres. Tout comme ces tourbillons d’air, composer, c’est se réjouir
de cet infini mouvement. C’est un acte vitaliste. L’enjeu de la musique, son ravissement vrai, c’est devenir. Devenir une autre. La musique est un pur monde de devenirs, où tout est mouvement et
retourne au mouvement qui l’a engendré. Composer, c’est ne jamais commencer, ni recommencer, ni finir. Composer, c’est continuer.
Pascal Dusapin, Composer, leçon inaugurale au Collège de France (2007)
Traces